A LA POURSUITE DE JAMES HADLEY CHASE

Ecrit entre juin 1991 et février 1992, 288 pages.
Publié par les Presses de la Renaissance, en mai 1992.
Collection « Les Essais », dirigée par François Coupry.

A la poursuite de james hadley chasePrésentation : «  Qui est James Hadley Chase ? Apparemment, le pseudonyme d’un certain René Brabazon Raymond, personnage discret que peu de journalistes ou de curieux ont pu approcher. Mais la vie, comme les romans, est remplie d’énigmes et les rumeurs les plus étranges fleurissent. Chase est – peut-être – la face cachée d’un autre écrivain célèbre dont le lecteur découvrira – peut-être – l’identité au fil des pages. A moins que les apparences, pour une fois, ne trompent pas.
Qui est James Hadley Chase ? Surtout l’auteur d’une œuvre vénérée par des millions de lecteurs. Une œuvre magistralement analysée ici, et qui peut soutenir la comparaison avec celles des plus grands noms de la littérature. Des romans qui, comme la vie, sont remplis de traitements de choc, de chairs et d’orchidées, de traquenards, de vipères et de corbillards. Un imaginaire structuré comme une horloge impitoyable et fatale… » (F.C.).

Réactions : « Robert Deleuse est un amoureux inconditionnel de James Hadley Chase. Il plaide donc en sa faveur. Et voilà bien la singularité de cet amour : si l’on aime Chase, on a pris l’habitude d’adopter une attitude défensive. Comme si les vilénies et les diffamations proférées à son égard continuaient, six ans après sa mort, à nuire à cet homme hyperbritannique et chic dont l’aimable visage moustachu est familier aux fidèles de la collection Carré Noir, chez Gallimard. C’est que la médisance ne fait pas long feu. Il en reste toujours quelque chose. James Hadley Chase méritait une biographie digne de ce nom. Grâce à Robert Deleuse, c’est chose faite. Il a écrit le livre le plus brillant, savant et gai sur l’auteur en question. Qu’il en soit remercié… » (Jean-François Josselin, Le Nouvel Observateur).
        « Robert Deleuse mène une véritable enquête policière – c’était quand même la moindre des choses – tout en se livrant à une sérieuse étude des thèmes et des personnages qui composent l’univers romanesque que l’on sait. Et que l’on aime, quel que soit le nom ou l’origine de l’auteur qui restera toujours James Hadley Chase… » (Maurice Decroix, Nord-Eclair).
        « A l’image de la critique littéraire moderne, Deleuse cherche l’unité et l’intérêt dans l’œuvre plutôt que dans l’auteur, et c’est bien mieux comme ça. Il nous gratifie avec son bouquin sur James Hadley Chase d’une belle enquête traitée comme une fiction sur la vie et l’œuvre d’un certain René Brabazon Raymond dit James Hadley Chase, à l’identité incertaine… » (Patrick Coulomb, Le Méridional).
        « Qu’est-ce qui a pu pousser un critique aussi éminent, auteur de l’admirable Les Maîtres du roman policier, à se pencher sur l’existence de Chase, personnage sans panache, petit bourgeois devenu grand, qui n’avait d’autre ambition que de bien vendre ses bouquins ? Car il aime avec passion [Deleuse] et il faut voir quelle fougue enthousiasmante, quelle vigueur convaincante il met à pourfendre les opposants. A ce jeu, c’est le plus cultivé qui gagne et Deleuse écrase l’adversaire avec une admirable aisance. Ce bel essai se termine avec une galerie de portraits, une typologie de personnages indispensables à la compréhension de l’univers chasien… » (Marc Henry, Le Soir de Bruxelles).
        « Robert Deleuse est le premier à s’atteler à l’énigme Chase. Sans donner toutes les réponses, il a l’intelligence d’en proposer un bon nombre et de les étayer. En outre, Deleuse sait raconter les histoires. Il ne se contente pas de chausser les pantoufles de son personnage, il en vit toutes les péripéties. Le résultat est gourmand, brillant, formidablement documenté. Un beau jeu littéraire qui devient un cache-cache haut de gamme… » (Dinah Brand, Lire).
        « On pensait connaître James Hadley Chase, seigneur du roman noir. Robert Deleuse remet tout en question. Admirateur légitime de Chase, il soupçonne derrière le maître un autre grand talent caché… Chase pourrait bien être effectivement le double (littéraire) secret d’une autre plume, respectée et bien rangée. Cela nous vaut une analyse de l’art et du style de cette plume trempée dans le sang, de ses portraits au couteau, d’un talent jamais démenti. Et, sans peine apparente, se renforce l’idée que Chase a été et reste sous-estimé… » (Jean Rocchi, Le Courrier de Genève).
        « Expert à qui rien n’échappe, Deleuse sait que Marcel Duhamel, le patron de la Série Noire, a découvert Chase grâce à Marcel Achard. Il compare et oppose l’humour de Chandler et de Chase, analyse les ressemblances entre l’univers glauque de celui-ci et les noirceurs de Jim Thompson ou d’Horace McCoy. Il souligne les parentés entre Le Requiem des blondes et La Moisson rouge  de Dashiell Hammett. En somme, il traite sérieusement de romans que certains critiques eurent le front de mettre (perfidement) dans le même sac que ceux de Gérard de Villiers… » (Raphaël Sorin, L’Express).

Historique : C’est au restaurant Les Petits Oignons, rue de Bellechasse (à Paris) que s’est décidée la rédaction de la première biographie critique de James Hadley Chase. François Coupry m’y avait invité à déjeuner, une idée derrière la tête. Parallèlement à ses écrits littéraires  et à ses fonctions à la Maison des écrivains, il dirigeait, aux éditions des Presses de la Renaissance, une collection bon chic-bon genre, sobrement intitulée « Les Essais », qui avait publié des travaux à tendance élitaire sur Victor Hugo, André Hardellet, Faust et Antigone, etc. Aussi, je fus un peu pris de court quand, au milieu du repas, il me lança : « Et si tu m’écrivais un essai sur un auteur de romans noirs ? ». Sans doute s’attendait-il à ce que je cite le nom de Giorgio Scerbanenco, le père du roman noir italien, auquel j’avais consacré une longue étude dans la revue Roman, publiée chez le même éditeur (avant d’être reprise par la revue Hard Boiled Dicks et, plus tard, en postface à un roman de cet auteur aux éditions UGE 10x18).  Néanmoins, il ne laissa paraître aucun décontenancement quand je lui lâchais le nom de Chase. Mieux, à peine l’avais-je prononcé que j’en fus le plus surpris des deux. J’étais même sur le point de me rétracter en faveur d’un William Irish, d’un Chester Himes ou d’un Horace McCoy, quand je l’entendis approuver mon choix. Les dés étaient jetés. Un contrat fut rapidement signé avec l’éditrice, Fabienne Delmote, et je m’attelai à l’ouvrage, moyennement rétabli d’une opération chirurgicale… De la vie de James Hadley Chase, même les plus fins limiers du roman noir ignoraient tout ou presque. Du moins, officiellement. Des bruits couraient en tous sens sur cet homme (dont le véritable patronyme, René Brabazon Raymond, était totalement inconnu du public, y compris de la plupart de ses lecteurs) qui, à la veille de la Deuxième Guerre mondiale, avait publié un roman intitulé Pas d’orchidées pour Miss Blandish, lequel s’avéra d’emblée un succès international comme le sera, par la suite, l’ensemble de sa foisonnante production. Au départ, il ne s’agissait pas pour moi d’écrire une biographie stricto sensu mais plutôt d’analyser une œuvre (car œuvre il y a) en y incluant des éléments biographiques. Cependant, aucun ouvrage n’avait paru sur Chase et ces rumeurs galopantes à son encontre m’agaçaient. René Brabazon Raymond étant décédé le 6 février 1985, à Corseaux-sur-Vevey, en Suisse, je n’avais plus qu’à me rabattre sur sa veuve et son héritier. Ignorant leurs coordonnées, je suis passé par Gallimard (l’éditeur français de Chase dans la collection Série Noire puis Carré Noir) où l’on m’a poliment conseillé d’écrire une lettre que l’on se chargerait de transmettre et dont j’attends toujours la réponse, si tant est qu’elle ait jamais été rédigée. Je me suis donc appuyé sur les documents de presse (merci à Alain Regnault et Emmanuelle Baer, de la BILIPO), notamment quelques rares entretiens que l’auteur avait consentis à donner et où figuraient des données biographiques. Ce que j’ai trouvé dans ce matériau, souvent contradictoire, m’a entraîné sur des chemins de traverse dont je ne soupçonnais pas l’existence.  Au bout du périple, si j’avais réussi à démonter certaines rumeurs, je n’avais pas pu complètement démontrer que Chase était (ou n’était pas) René Brabazon Raymond. Il ne me restait plus qu’à entrer dans le vif de mon objet d’étude : l’analyse critique de l’œuvre. Car James Hadley Chase, avec ses quatre-vingt neuf romans (dont une vingtaine au moins sont réellement des hauts de gamme du roman noir, et une bonne huitaine du roman tout court) m’offrait un terreau idéal pour élargir mon champ de réflexion sur cette typique en particulier et sur la littérature romanesque plus généralement. Je ne m’en privai d’ailleurs pas. Au bout du compte, c’est une salve d’honneurs critiques qui arrosa la sortie en librairie de l’ouvrage, grâce aussi au travail de mon attachée de presse, Brigitte Semler, et de son assistante. Une quarantaine d’articles plus ou moins dithyrambiques, hors-genre inclus, comme la superbe page que me consacra Jean-François Josselin dans Le Nouvel Observateur ou les demi-pages de Raphaël Sorin dans L’Express, d’Alfred Eibel dans Le Quotidien de Paris, Marc Henry dans Le Soir de Bruxelles, etc. Pendant plus d’une semaine, je parcourus les couloirs de Radio-France pour intervenir successivement sur France-Inter (Jean-Luc Hees), Radio-Bleue (Francis Colnot), France-Info (Philippe Vallet) ; RFI me consacra une chronique et, sur Europe 1, Christian Barbier m’invita pour une bonne partie de son Kriter-Club. Seules les chaînes de télévision (pour la raison précédemment évoquée) m’ignorèrent… Quelque temps après, Michel Dumoulin (réalisateur et metteur en scène de théâtre pour qui j’avais traduit et avec qui j’avais adapté une pièce de Pirandello pour Maria Casarès), ayant lu et apprécié mon essai, m’appela pour que nous écrivions à quatre mains un scénario-enquête autour de ce « mystère » Chase. Le scénario achevé (il s’intitulait Entre deux Chase, reprise du titre de l’article de J-F. Josselin), il s’en alla le proposer à Arte qui le trouva intéressant, sans toutefois s’y intéresser, au prétexte que la chaîne avait déjà programmé plusieurs émissions sur le « polar ». L’une d’entre elles, d’ailleurs, donna la parole à l’écrivaillon raciste et morticole dont je m’étais « occupé » dans Les Maîtres du roman policier et qui put tranquillement déclarer à cette occasion : « On dit que je suis raciste, misogyne et antisémite. Ce n’est pas vrai. Certains de mes personnages le sont et ce n’est pas ma faute si j’éprouve de la tendresse pour eux… ». Quelques années auparavant, il avait déjà déclaré dans un journal et sur le même registre : « J’ai écrit ce roman contre les communistes et les homosexuels ». Dont acte. Le petit personnel d’Arte ne choisit pas n’importe quel auteur de romans noirs. Mais, pour le coup, ce n’est pas sa faute. C’est l’ignorance et la mode qui le guident. La première, ainsi que le faisait observer Nerval, ne s’apprend pas. Quant à la seconde, comme le disait Cocteau, c’est ce qui est déjà dépassé. A la différence de James Hadley Chase, véritable romancier, dont l’œuvre pleine de déliés n’est pas près de l’être…