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                                                                                                 "Le roman, c'est la clef des chambres interdites de notre maison".

                                                                                                                                                                               Louis Aragon

AVEZ-VOUS LU ?

L’histoire de ce journaliste désemployé, père adoptif d’un palmipède neurasthénique rescapé d’un zoo qui traîne ses angoisses entre le réfrigérateur et la baignoire, tonton improvisé d’une gamine tendance zaziste dont le géniteur s’est volatilisé, auquel le directeur d’un quotidien propose de rédiger des nécrologies anthumes sur des gens célèbres, lesquelles vont s’avérer un rien prémonitoires pour les personnalités à qui elles sont destinées et fort périlleuses pour leur rédacteur et sa petite troupe, dans Le Pingouin d’Andreï Kourkov…

L’histoire de ce jeune homme issu de cette « classe de gens pauvres » empêchés d’étancher leur soif sociale par les barrages verrouillés des possédants, contraints d’user de subterfuges et d’expédients plus ou moins astucieux pour tenter au mieux de parvenir et qui, presque arrivés à l’acmé de leurs ambitions, redescendent d’un bloc, d’un seul, tous les barreaux d’une échelle si longanimement gravie à cause d’un inéluctable coup de pistolet donné ici au milieu d’une messe dominicale, dans le Le Rouge et le Noir de Stendhal…

L’histoire de ce traîne-patins vivant une morne existence entre un travail sans intérêt et des loisirs réduits à leur plus simple expression jusqu’à passer en un tournemain de l’ombre à la lumière pour avoir détourné le manuscrit d’une pièce inédite dont l’auteur vient de décéder, le projetant de facto sous les feux de la rampe et de l’actualité mais aussi sous la dépendance de deux femmes aussi opposées l’une à l’autre que le jour sait l’être à la nuit et qui vont, chacune à leur manière, le conduire à sa perte, dans Eva de James Hadley Chase…

L’histoire de ce paysan sans terre qui, sans les pouvoirs ensorceleurs d’une vieille thaumaturge (détournant de sa route un attelage dépareillé) et les dons héphaïstiques d’un vieux charron (armant le braconnier pour qu’il remporte le combat des labours) n’aurait jamais pu rencontrer sa future épouse (devenue bête de somme d’un affreux rémouleur), l’aimer et fonder une famille pour donner au paradis perdu d’un hameau provençal la chance de tendre vers une nouvelle humanité, dans Regain de Jean Giono…

L’histoire de ce sergent du régiment des lanciers de Parme, accusé de cambriolage dans les bureaux de l’état-major, qui nie bec et ongles être l’auteur dudit forfait, malgré les éléments qui semblent le désigner comme unique coupable et que le tribunal militaire s’acharne à raccorder en sa seule défaveur, à charge pour lui de prouver une innocence très compromise, tant les faits parlent d’eux-mêmes contre sa personne, y compris des bribes de son passé qui ne plaident guère pour lui dans, La Dernière cartouche de Remigio Zena…

L’histoire de cet homme moyen en tout, archétype du quidam prosaïque qui, cherchant à obtenir un sauf-conduit pour quitter une France occupée afin de rallier l’Angleterre, va attirer sur lui l’attention d’abord, la suspicion ensuite, se peaufinant, de rendez-vous artificiels en contacts maladroits, une silhouette de suspect à part entière pour devenir, en guise d’homme de l’ombre, l’ombre de l’homme qu’il aspirait à être et le genre de coupable tout trouvé d’un régime qui n’en demandait pas tant, dans Le Piège d’Emmanuel Bove…

AVEZ-VOUS LU ?

L’histoire de cet ancien lieutenant de police qui, lié par le serment fait à une mère éplorée de retrouver le véritable assassin de sa fille, va franchir les limites de la légalité et de la raison jusqu’à prendre la gérance d’un poste à essence en compagnie d’une femme et de sa fillette blonde, ainsi que les aime le meurtrier en série dont il a repéré le manège et le territoire, guettant ainsi sa proie par procuration, mais qu’un événement imprévu l’empêchera cependant de ferrer au tout dernier moment, dans La Promesse de Friedrich Dürrenmatt…

L’histoire de ce biographe qui passe avec armes et bagages du côté du diariste pour une traversée d’ontologie sur un fil de rasoir, levant l’ancre pour une destination inconnue, un voyage expérimental dont les ports d’attache et d’arrivée sont lui-même, libre et condamné à la fois, avec cette sensation et non plus ce sentiment que l’essentialité devient contingence, que l’existence n’est plus nécessité, et qui saisit soudain d’où lui est venue cette sorte d’écoeurement douceâtre qu’il ne comprenait pas, dans La Nausée de Jean-Paul Sartre…

L’histoire de ce frère puîné d’une famille de paysans pauvres des Langhe piémontaise que son père, un jour de marché, place chez un métayer trois années durant au cours desquelles à moitié affamé par ses employeurs, voué aux tâches les plus ingrates, il se sentira comme une bête parmi les bêtes, malgré l’arrivée d’une jeune et jolie servante dont il tombera amoureux et qui ne restera pas insensible à ses gestes aussi bien attentionnés qu’intentionnés, sans pour autant changer sa condition humiliante, dans Le Mauvais sort de Beppe Fenoglio…

L’histoire de cet étudiant, possédé de lui-même, prétendant se suffire à soi seul, qui n’a pas été engendré par des parents mais par l’idée qu’il a en lui de ce qu’il doit faire pour devenir celui qu’il sait pouvoir être et qu’une vieille usurière et sa sœur paieront de leurs vies au bout d’un ruminement torturé, d’un duel serré de six semaines le transfigurant en un meurtrier qui a moins préparé son crime qu’il ne s’y est préparé par-delà les désordres intérieurs qui l’ont assailli, dans Crime et châtiment de Fédor Dostoïevski…

L’histoire de cette jeune Allemande jusqu’alors sans problèmes qui, un dimanche d’hiver, en pleine période carnavalesque, abat deux journalistes (l’un chez elle de plusieurs balles, l’autre dans un petit bois à la périphérie de la ville) avant de venir se constituer prisonnière au commissariat, suite à une errance de sept heures « à la recherche infructueuse d’un remords introuvable » et qui, pour la seconde fois de sa brève existence, va servir d’offrande aux taureaux de Balaam, dans L’honneur perdu de Katharina Blum d’Heinrich Böll…

L’histoire de cet aspirant, affecté pendant la période dite « la drôle de guerre » à l’avant-poste d’une maison- forte, vivant presque comme en famille avec trois de ses subordonnés, dans une sorte de vacance à la fois inquiétante et quasi-irréelle face à un no man’s land massif, hercynien, d’où l’ennemi, un jour mauvais, irrépressiblement, surgira, fondant sur ses proies à travers un de ces jeux de massacre que les hommes d’en haut font subir à l’envi aux hommes d’en bas, dans Un balcon en forêt de Julien Gracq…

AVEZ-VOUS LU ?

L’histoire de ce vingtenaire au physique d’Apollon qui abandonne son Sud originel pour tenter sa chance à Hollywood mais qui va très tôt comprendre qu’entre le petit théâtre de sa bourgade géorgienne où il jouait au sein d’une troupe d’amis et le nœud de vipères que constitue la capitale de l’industrie filmique existe un gouffre, celui-là même qui sépare la réalité vraie des idées reçues et transforme le paradisiaque « rêve américain » en un irréfragable « cauchemar climatisé », dans J’aurais dû rester chez nous d’Horace McCoy…

L’histoire de cet homme affublé d’une disgrâce faciale, engagé pour abattre un ministre, qui exécute froidement son contrat, perçoit son dû avec des billets marqués, se rue à la poursuite de ses commanditaires, traqué par la police mais aidé par une jeune femme, parfaite inconnue qui, malgré le confinement qu’il lui a fait subir, ne le repousse pas, l’amenant à reconsidérer ses positions anthropophobes, à se confier jusqu’à la confidence, sans pour cela lui permettre d’échapper aux doigts de son destin, dans Tueur à gages de Graham Greene…

L’histoire de cet ex-capitaine des Guides de cavalerie, chassé de l’armée pour dettes et malversations, condamné pour escroqueries, bigamie, détournement de mineurs, recel et vente de drogues, dont la route (une nuit de l’hiver 1944, à Camogli, petite station balnéaire proche de Gênes) va croiser celle d’un officier supérieur abattu par les Allemands lors d’un débarquement manqué, et faire de cet escroc pitoyable le héros auquel personne n’aurait pu croire, y compris lui-même, dans Le Général Della Rovere d’Indro Montanelli…

L’histoire de ce fils de cabaretiers normands qui, après deux échecs au baccalauréat, a accompli cinq ans de service militaire avant d’être rendu à la vie civile, végétant comme employé de bureau à la Compagnie des chemins de fer du nord, jusqu’à cette soirée de juin où il croise inopinément, place de l’Opéra, un ancien camarade de régiment lequel, en lui mettant l’eau à la bouche et le pied à l’étrier, va lui permettre de monter à l’assaut des femmes et, à travers elles, de la société, dans Bel-Ami de Guy de Maupassant…

L’histoire de ce détective privé parmi les plus courus de la troposphère romanesque, chef de file des « durs à cuire », dont le patronyme désigne l’action de défricher, de débroussailler, qui appelle un chat un chat (to call a spade a spade) et dont la méthode d’investigation consiste à « lancer une clef anglaise dans les rouages d’une machine en marche », ce qui ne plaît pas forcément à tout un chacun et particulièrement à ce quarteron de chasseurs de trésor à la manque forcé de lui rendre les armes, dans Le Faucon maltais de Dashiell Hammett…

L’histoire de cet homme de quarante-cinq ans, marié, père de quatre enfants, exerçant la profession de directeur du bureau parisien d’une entreprise italienne de machines à écrire qui, deux ans avant de monter dans ce train qui doit l’emmener à Rome, a fait la connaissance d’une jeune veuve trentenaire, secrétaire d’un attaché militaire à l’ambassade de France qui est devenu sa maîtresse et à qui il va annoncer son intention de rompre avec épouse et progéniture pour vivre à ses côtés, dans La Modification de Michel Butor…

AVEZ-VOUS LU ?

L’histoire de cette enseignante qui a le don d’aimanter les mâles et les donner à voir tels qu’ils sont, honteux ou médiocres, trop jeunes ou déjà faisandés, comme le refoulé patron de la station-service, l’introverti conseiller agronome, le maquignon obscène, le politicien aux dents longues, sans compter leurs épouses ou maîtresses qui en perdent le sommeil et jusqu’aux coquelets dont l’un, en y laissant la vie, scellera la rupture entre l’enseignante et les autochtones, dans Haute-tension à Palmetto d’Erskine Caldwell…

L’histoire de ces occupants d’un immeuble sis au 11, rue Simon-Crubellier, et parmi eux de cet homme mi-melvillien mi-larbaudiste qui a décidé de « saisir un fragment constitué du monde », consacrant dix ans de sa vie à s’initier à l’aquarelle, vingt autres à peindre des marines autour du globe, vingt encore à reconstituer dans l’ordre ses pièces, non à la manière d’un Moïse, involontaire inventeur de la première puzzèlerie littéraire, mais d’une façon totalement élaborée, calculée, dans La Vie mode d’emploi de Georges Pérec…

L’histoire de ce berger, contrebandier à ses heures qui, par une nuit du mois de mars, au retour d’une expédition, se fait arrêter par les douaniers, en blesse un, s’enfuit, pour devenir tour à tour colporteur d’images dans les Carpates, gardien de chevaux en Hongrie, jardinier à Prague, revenant sans cesse à son point de fuite pour repasser inlassablement les frontières jusqu’à l’amnistie qui lui permet de recouvrer sa condition de berger tandis que résonne le cliquetis des armes, dans Histoire de Tönle de Mario Rigoni-Stern…

L’histoire de ce médecin d’apparence exemplaire, que la bonne société londonienne révère, qui s’invente un breuvage pour se travestir en un monstre hideux et brutal sachant pertinemment que ce nabot clopinant et meurtrier n’est que le for intérieur de son propre lui-même, sa face cachée, son grimage nocturne et obscur, l’alibi parfait de ses pulsions et de sa répulsion, une créature évanescente qui paraît et s’évanouit à son seul et unique bon vouloir, dans Le Cas étrange du docteur Jekyll et de Mr Hyde de Robert-Louis Stevenson…

L’histoire de cet aristocrate, de mère balte et de père prussien, mercenaire de causes pas toutes perdues mais toujours liées aux intérêts de sa caste originelle, bien qu’il en nie le principe au profit exclusif de déterminants strictement humains, blessé devant Saragosse, et qui met à profit son temps immobile pour se donner à un face à face avec lui-même d’où sourdent souvenirs d’amitiés équivoques, de jalousies rentrées mais tenaces, de passions ambigües et dévoreuses , dans Le Coup de grâce de Marguerite Yourcenar…

L’histoire de ce jeune bourlingueur dont le courage et les poings sauvent un rupin d’une bande de voyous et qui, pour l’amour fou qu’il porte à la sœur du rescapé, va s’employer à passer de son état « sauvage », étranger aux mœurs de la bourgeoisie, à celui de « civilisé », étudiant d’arrache-pied, poliçant manières et langage pour finir par trouver sa voie et s’y donner à fond malgré la réprobation de tous jusqu’à ce que la roue tourne enfin en sa faveur, déclenchant chez lui la seule réaction possible, dans Martin Eden de Jack London…

AVEZ-VOUS LU ?

L’histoire de cet employé de bureau on ne peut mieux quelconque qui, en l’espace de dix-huit jours, a inhumé sa mère à Marengo et abattu un Arabe sur une plage d’Alger, acte pour lequel il encourt la peine capitale qu’il ne fera rien pour contourner, bien au contraire, car cet homme à part en tout et pour tout, n’est pas de ceux qui usent et abusent de procédés dilatoires mais un individu prisonnier de sa propre innocence, une innocence d’homme premier, autrement dit de sociétalement intolérable, dans L’Etranger d’Albert Camus…

L’histoire de cet agent littéraire qui, suite à quelques déboires, réceptionne un tapuscrit anonyme accompagné d’une lettre lui laissant carte blanche en cas d’acceptation, tombe en arrêt devant l’intérêt scabreux du sujet et se met en tête de monter un coup médiatique avec les complicités d’un éditeur réputé mais ruiné et d’un prête-nom érudit mais impubliable, assuré de mettre sur le marché le best-seller des best-sellers, à moins que des éléments contraires ne viennent gripper la mécanique, dans La Grande poursuite de Tom Sharpe…

L’histoire de ce réseau communiste italien, sous le régime fasciste, dont un membre fait appel à un ami médecin pour cacher dans sa villa un prisonnier politique évadé, lequel pourrait s’avérer, au bout du compte, un agent infiltré de la police secrète voire un militant retourné par elle (ce qui reviendrait au même), car son évasion du train prête à de telles suspicions qu’elle poussera ses camarades à mener une enquête serrée qui débordera de bien des façons le cadre des enjeux immédiats, dans Le Rayon d’ombre de Giuseppe Pontiggia…

L’histoire de cet homme que la vie a mis à sac, qui s’est retrouvé changé en demandeur d’emploi avec, pour confident, un appareil-photo périmé avec lequel il passe le plus clair de son temps, fixant sur la pellicule de sa pièce de musée des paysages urbains et des portraits de citadins de tous âges et origines jusqu’au jour où apparaissent sur ses rouleaux des personnes qu’il n’a jamais tenues au bout de son objectif et dont trois puis quatre d’entre elles ont été assassinées par un tueur en série, dans L’Affreux joujou de Pierre Siniac…

L’histoire de ce jeune athlète, espoir du demi-fond allemand, pour qui l’avenir semblait tout tracé dans les couloirs des pistes d’athlétisme si la guerre n’était venue défigurer son quotidien et qui, en lui ôtant un bras, lui avait ôté plus que la vie, au point d’en faire un marginal volontairement anonyme jusqu’à ce que son entraîneur le retrouve et tente de l’extraire de son néant mental et physique pour reconstruire pied à pied le champion qu’il avait déjà modelé pour les mêmes desseins, dans La Ligne droite d’Yves Gibeau…

L’histoire de cet agrégat d’individus disparates, en déroute et en transit, du jeune maquisard largué par les siens à l’agent britannique travesti en industriel belge, du résistant en fuite meurtrier d’un milicien au Juif dissimulé sous un pseudo passe-partout, de l’épouse qui a voulu se rapprocher d’un mari prisonnier à l’inspecteur révoqué par le Régime mais récupéré par la Résistance, d’une fille à soldats dont le conjoint se bat sur le front de l’Est à la saphiste  patronne des lieux, dans Les Clients du Central Hôtel d’André Héléna…

AVEZ-VOUS LU ?

L’histoire de cet avocat d’affaires malmarié, sans enfant, de caractère doux et pondéré qui, lisant dans le journal la relation d’un fait divers concernant l’assassinat sauvage de l’épouse d’un libraire, élabore un scénario à partir duquel il fait du couple en question le miroir de son ménage et du mari l’assassin de son épouse, se voyant lui-même en capacité de perpétrer le même schéma tactique qu’a, selon lui, conçu l’autre mari, à ceci près que notre homme ne possède pas tout à fait l’étoffe du rôle, dans Le Meurtrier de Patricia Highsmith…

L’histoire de ce détective, employé d’une agence de police privée dont le patron vient de prendre sa retraite, qui va profiter du temps qu’il a devant soi pour se mettre en quête d’un passé qu’une soudaine et totale amnésie lui a fait perdre de vie en cours de route faisant de lui-même sa propre énigme, une sorte d’incognito personnel en provenance de nulle part qu’il doit absolument débusquer afin de combler ses arriérés identitaires dont il n’a plus la moindre idée, dans Rue des Boutiques obscures de Patrick Modiano…

L’histoire de cet officier nouvellement promu laissant derrière lui mère et ville pour rallier le  lieu de sa première affectation et ce qu’il imagine être le théâtre d’une vie vraie, loin de ces interminables soirées de l’Académie militaire royale mais qui, chemin faisant sur la route le conduisant au fort, rencontre un capitaine qui, de questions en réponses, va singulièrement doucher ses espérances jusqu’à ce que lui-même fasse la douloureuse expérience de l’attente, du vide et de la consumation, dans Le Désert des Tartares de Dino Buzzati…

L’histoire de ce désespéré qui, ayant perdu au jeu son ultime pièce d’or, envisage d’attendre la nuit pour mettre fin à ses jours, pénètre dans le magasin d’un antiquaire quelque peu méphistophélique lequel, au milieu de son fatras de trésors, lui présente un morceau de crin grenu qui possèderait aussi bien le pouvoir d’exaucer les vœux de son possesseur que celui de réduire le cours de son existence pour chaque désir accompli et que le jeune homme va s’employer à user jusqu’au dernier, dans La Peau de chagrin d’Honoré de Balzac…

L’histoire de cet écrivain, auteur d’un roman unique et référentiel, qui a goûté de la prison pour avoir jadis refusé de porter l’uniforme puis qui, délaissant son talentueux clavier, s’en est allé poser des bombes pour finir déchiqueté par l’un de ses propres engins, et dont l’un de ses amis, lui-même écrivain, tente de reconstituer la trajectoire en recomposant l’un après l’autre les rouages familiaux, amoureux, professionnels, amicaux de cette mécanique humaine quand elle était encore en état de marche, dans Léviathan de Paul Auster…

L’histoire de ce jeune garçon élevé dans la terreur d’un Père implacable qui, à la mort de son géniteur, sous l’impulsion d’un officier, va passer d’un ordre mystique à une mystique de l’Ordre, d’un Dieu unique à la Nation comme unique église, obéissant jusqu’à l’obséquiosité envers ses supérieurs, figé dans ses préceptes et leurs principes, tranchant comme un rasoir avec ses semblables, étranger à toute sensibilité ou sensualité, rouage glacialement détaché jusqu’à l’horreur humaine, dans La Mort est mon métier de Robert Merle…

AVEZ-VOUS LU ?

L’histoire de cet homme poignardé à l’aube, devant chez lui, au lendemain d’une cuite phénoménale, un meurtre dont tous ou presque au village savaient qu’il allait se commettre tant les deux frères qui s’étaient mis en tête de le perpétrer n’avaient fait montre d’aucune réserve à cet égard, autant de gens qui n’avaient pas bougé pour l’empêcher ou un peu trop tard, à contretemps, par rancœur ou parce qu’ils n’y avaient pas cru, facilitant ainsi la tâche des deux assassins, dans Chronique d’une mort annoncée de Gabriel Garcia-Marquez…

L’histoire de ce bouc-émissaire né sous le signe de la balance, mort sous les balles d’un tueur commandité par un aréopage de comploteurs, de ce coupable tout trouvé que l’on suit dans le désordre de sa vie entre New-York et Moscou, La Nouvelle Orléans et Atsugi, Fort Worth et Minsk, via Mexico, à travers ceux qui l’ont connu et côtoyé, apprécié ou décrié, jusqu’à ce 22 novembre 1963, à Dallas, où tout s’est joué pour lui en l’espace de quelques brèves heures depuis longtemps préméditées par d’autres, dans Libra de Don Delillo…

L’histoire de ces vies que les médias ont pris la fâcheuse habitude d’enfiler comme autant d’accroches à leurs menus quotidiens quand chacune d’elles vaut qu’on s’y attarde pour leur propre singularité collective et les douleurs sociales et intérieures qui s’en dégagent tels ce groupe d’immigrants en fraude, ce duo d’adolescents en fuite, cette femme en couches dans son mobile-home, cette anamnèse d’un amour broyé par un camion, cette gamine violentée par des barbares, dans La Ronde et autres faits divers  de Jean-Marie Gustave Le Clézio…

L’histoire de ce voyageur, médecin et célibataire, de retour après seize années loin de ses bases, qui s’installe dans une chambre d’hôtel, déambule en ville avec une nonchalance quasi-méthodique, se rend au cimetière où est inhumé un poète géniteur d’hétéronymes dont l’un n’est autre que le patronyme de ce voyageur lequel existe (dit-il) indépendamment de l’autre créature dont le père spirituel délaisse de temps à autre son éternelle demeure pour lui rendre visite, dans L’Année de la mort de Ricardo Reis de Jose Saramago…

 L’histoire de ce Préfet du département qui, dès le 17 juin 1940, dans une ville en proie à la panique et au pillage, submergée par une vague de réfugiés, traversée par des militaires battant en retraite, la Wehrmacht sur les talons, va se retrouver seul responsable ou presque face à un ennemi qui lui ordonne de signer un protocole truqué accusant de viols et de meurtres les troupes noires de l’armée française et qui, déjà au prix de sa vie, malgré les coups et les humiliations, refusera de se soumettre, dans Premier combat de Jean Moulin…

L’histoire de ce carnage dans un autobus urbain où huit passagers trouvent la mort et un neuvième est gravement atteint par un tueur apparemment solitaire, armé d’une mitraillette, que doivent stopper au plus vite, sous la pression des médias, les enquêteurs de la brigade criminelle, prétexte des auteurs à une descente en règle au cœur de la société suédoise présentée alors comme un modèle social sans que ne lui échappent pour autant les violences individuelles et collectives, dans Le Policier qui rit de Maj Sjöwall et Per Walhöö…

AVEZ-VOUS LU ?

L’histoire de ce bootlegger affublé d’une avanie sexuelle qui, après avoir assassiné un attardé mental, violente la fille d’un juge avec un épi de maïs, crime dont est accusé à tort un ancien militaire qui a déjà tâté du pénitencier, qui pratique également la contrebande d’alcool et se verra condamné pour ce forfait qu’il n’a pas commis puis lynché par la foule qui le brûlera vif quelque temps avant que le vrai coupable ne soit à son tour arrêté et exécuté pour le meurtre d’un agent de police, dans Sanctuaire de William Faulkner…

L’histoire de ce chargé de cours à l’université, membre du Parti depuis la Révolution d’octobre qui, dans les années 30, à l’instar de dizaines de milliers de militants, se voit accusé de trotskisme, subit les purges staliniennes, est embastillé en compagnie d’autres révolutionnaires dans des basses fosses fétides et surpeuplées, interrogé par l’absurde jusqu’à l’extorsion d’aveux, déporté vers des camps pour y être « refondu » comme on le ferait d’un vulgaire morceau de plomb, dans S’il est minuit dans le siècle de Victor Serge…

L’histoire de ce couple de quinze ans d’âge qui s’est constitué sur un coup de dés, qui a joué à s’aimer, à se déchirer, à boire, à déjouer pour tenter d’étourdir les habitudes qui tuent à feu doux, à l’insu, allant plus d’une fois chasser chacun pour soi leurs proies pour la soif et qui, au crépuscule d’une union qui n’en finit plus de se déliter, invite à ses cours du soir, comme par défi pour un ultime combat aussi singulier que douteux, une jeune institutrice, fraîche et entière qui portera le duo à l’implosion, dans Les Mauvais coups de Roger Vailland…

L’histoire de ce jeune Anglais de la haute noblesse, militaire bardé de décorations et de fort belle prestance sur qui paradoxalement fantasme en éloges comme en craintes la bonne société de cette ville allemande où il est venu s’établir chez le professeur chargé de l’instruire en grec, lequel va se muer en narrateur d’une série de meurtres irrésolus, sans lien ni mobile apparent, jusqu’à ce qu’une lettre testamentaire ne vienne lever le voile sur ce plat qui ne sait être mangé que froid, dans Justice sanglante de Thomas de Quincey…

L’histoire de cet ancien officier de renseignements, retiré du circuit, vivant à l’écart de tout, en harmonie avec sa compagne et le fils de celle-ci, soudain victime d’une sorte d’attentat sans frais, puis de menaces plus ou moins diffuses, engendrant une tension de plus en plus palpable et le réveil de vieux réflexes qu’il aurait voulus oublier mais que certains, l’incitent à retrouver avec cet appel pernicieux à une partie de colin-maillard où toutes les chausse-trapes sont permises, dans Un cheval mort dans une baignoire de Francis Ryck…

L’histoire de ce primo-adolescent, poète à ses heures, brouillé avec ses maîtres, conscient du décalage existant entre lui et les autres, à commencer par ce prénom si différent de ceux de ses condisciples, ce camarade pour lequel il éprouve une affection particulière, cette jolie fille dont il s’éprendra alors qu’elle ne songe qu’à l’ignorer, jusqu’à ce que d’aucuns déboires parentaux conjugués à une découverte de lui-même le placent sur les rails d’une destinée qui deviendra peu à peu sa vraie vie, dans Tonio Kröger de Thomas Mann…

AVEZ-VOUS LU ?

L’histoire de ce solitaire en tout y compris dans la guerre qu’il mène sans relâche contre ces créatures qui ne daignent se montrer qu’à la tombée du jour pour l’agresser, l’ayant contraint de transformer sa demeure en forteresse bardée de planches afin d’échapper à ces buveurs de sang qui, chaque nuit, viennent le hanter, le harceler, le poussant même à penser qu’il pourrait en finir en devenant l’un des leurs tout en gardant bien vivant l’espoir qu’il ne soit pas le dernier homme normal, dans Je suis une légende de Richard Matheson…

L’histoire de cette jeune et jolie adolescente, fille plus ou moins illégitime d’un avocat fortuné qui, rejetée par sa famille et spoliée de sa dot va passer de couvent en couvent, aux contacts successifs de nonnes cupides et démoniaques puis d’une mère supérieure adepte d’un ascétisme prosélyte pour finir dans un ordre conventuel débordant de délices en tous genres qu’un confesseur réprimera durement jusqu’à transposer ce paradis inattendu en un purgatoire totalitairement infernal, dans La Religieuse de Denis Diderot.

L’histoire de ce jeune homme, petit par la taille mais non par l’ambition, engagé comme chasseur dans un hôtel, qui va mettre à profit son apprentissage pour assimiler les bienfaits du papier monnaie, gravir les échelons d’un hôtel l’autre jusqu’à ce que, détesté par ses compatriotes pour cause de germanophilie déclarée et par amour pour une belle Allemande, il s’adonne à une collaboration sans frein, marque de son irrésistible ascension comme de sa chute finale, dans Moi qui ai servi le Roi d’Angleterre de Bohumil Hrabal…

L’histoire de cette assistante taxidermiste, jadis salariée dans une usine de fabrication de sodas qu’elle a dû quitter suite à la perte d’un bout de doigt, qui se retrouve dans ce laboratoire où, tandis que son patron s’emploie à naturaliser des spécimens, elle est employée à réceptionner la clientèle, travail d’apparence paisible, n’était le comportement du patron à son égard ainsi que le mystère autour de celles qui l’ont précédées à ce poste et qui toutes ont disparu sans laisser de traces, dans L’Annulaire de Yoko Ogawa…

L’histoire de cet agent en plongée dans un quartier bouillant de Los Angeles, déguisé en éducateur social, afin d’enquêter sur les menées subversives d’activistes de tout poil, et plus particulièrement les groupuscules pro-hitlériens qui ont ouvert une sorte de front intérieur actif pour y livrer une guerre où toutes les armes sont de sortie et où l’on met sa peau en jeu aussi sûrement que sur les navires qui croisent parallèlement le feu contre les Japonais à des milliers de kilomètres de là, dans Boulevard des trahisons de Thomas Sanchez…

L’histoire de ce jeune marin, propulsé capitaine de vaisseau, qu’une machination ourdie par un redoutable trio va transformer en « hôte » du Château d’If où il fera la connaissance d’un certain abbé dont l’esprit déductif lui permettra d’apposer des noms sur ces gens qui l’ont réduit à l’état de numéro 34 jusqu’à ce qu’au décès dudit abbé il prenne sa place dans le sac destiné à être jeté à la mer, retrouve le trésor dont lui a parlé le vieil homme et s’en serve pour assouvir sa vengeance, dans Le Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas…

 AVEZ-VOUS LU ?

L’histoire de ce jeune Algérien qui déchire les affiches d’un négrier incitant ses compatriotes à aller travailler en France au service de l’organisation allemande Todt, qui est pris sur le fait par les hommes de main du collaborateur, qui ressent comme une telle humiliation ce qu’on lui fait subir qu’il ne songera plus qu’à se venger et, malgré son engagement aux côtés de résistants français, ne perdra jamais de vue sa cible privilégiée, dans Les Hauteurs de la ville d’Emmanuel Roblès…

L’histoire de ces êtres automatiques, si peu vivants, créés en laboratoire et conditionnés dès leur plus jeune âge pour répondre à des réflexes comportementaux en parfaite symbiose avec leur position sociétale prédéterminée, dont la pensée est fondée sur le formatage des esprits et qui sont d’emblée divisés en castes supérieures et inférieures au sein d’une société où règne la prédestination et à laquelle seuls quelques Sauvages mis en réserves échappent encore dans Le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley…

L’histoire de cette jeune femme, mariée et mère de deux enfants, qui tente de remonter le temps familial autour de cette grand-mère un peu raide, violée à l’âge de douze ans et rejetée par tout son village jusqu’à devoir le quitter pour une ville où elle ne trouva jamais ses repères, de cette mère aujourd’hui agonisante sur son lit d’hôpital qui n’a jamais lésiné pour se départir de ses proches, d’elle-même enfin qui veut comprendre pourquoi il n’est jamais donné de se défaire de ses racines, dans Hannah et ses filles de Marianne Fredriksson…

L’histoire de ces hommes, chairs à canons et bêtes à boucherie, mobilisés pour une Première mondiale, crevant de peur dans leurs tranchées, avec pour compagnies les rats, les obus et la mort, de ces hommes qu’une propagande effrénée des deux côtés du fleuve a transformé en tueurs méconnaissables, de ces hommes jetés vivants sur ces fronts qui furent leurs enfers, dont douze millions ne revinrent pas, de ces hommes tombés aux champs d’horreurs d’intérêts privés sous couvert de patriotisme, dans Le Feu d’Henri Barbusse…

L’histoire de ce romancier anglais qui, quelques semaines après que la Première guerre mondiale a été déclarée, se voit sollicité par les services secrets de son pays et se retrouve en poste à Genève, honorable correspondant livré à lui-même, aux contrôles de la police locale et aux risques du métier, avant d’être expédié à Naples flanqué d’un Mexicain logorrhéique dans le but de s’emparer de documents à ce détail près que les choses ne vont pas se dérouler comme prévu, dans Mr Ashenden agent secret de Somerset Maugham...

L’histoire de ce presque sexagénaire un rien hypocondriaque et simulateur que son analyste incite à rédiger des mémoires et qui, au fur et à mesure de cette confession écrite, au travers d’étapes qu’il considère comme déterminantes aussi bien dans son existence sociale que pour son univers intime apparaît le plus souvent, au sein de la toile d’araignée que constitue ce passé, comme un homme coupé en deux egos tout à la fois distincts et superposés, vraiment confus et  faussement résolus, dans La Conscience de Zeno d’Italo Svevo...

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L’histoire de cette rédactrice de magazine, passagère d’une voiture pilotée par un sénateur très en vue, promise à une aventure avec lui dans les heures qui suivent la réception où ils ont fait connaissance, n’était ce virage en épingle qui fait perdre au conducteur le contrôle du véhicule, lequel décolle du bitume pour amerrir sur un plan d’eau où il coule à pic avec le sénateur qui réussira à s’en extraire tandis que sa passagère demeurera prisonnière de l’habitacle, seule avec ses souvenirs, dans Reflets en eau trouble de Joyce Carol Oates…

L’histoire de cet homme depuis le temps des tritons, des amitiés enfantines, des expériences chimiques, des colères noires du père, de l’école de commerce en passant par les parties de bridge, les premiers ébats, la mort de la mère comme premier choc irréversible, au temps de l’embauche à l’usine textile, où son logeur lui apprend qu’un assassinat a frappé la famille de son employeur, et de ce mariage avec la sœur de la défunte dont l’absence est  tout aussi inabrogeable, dans Un meurtre que tout le monde commet d’Heimito Von Doderer…

L’histoire de ces rencontres ponctuées d’intrigues au cœur d’une ville d’eaux et au cours de cinq journées plus ou moins longues selon les cas de chacun des protagonistes dont les rapports s’entrecroisent pour mieux se mêler, s’entrelacent pour mieux se diluer, le tout mû par une suite de tromperies des uns envers les autres mais aussi à l’encontre d’eux-mêmes, jusqu’à ce qu’une mort survienne, une sorte de meurtre sans vrai meurtrier mais avec une vraie victime, dans La Valse aux adieux de Milan Kundera…
 
L’histoire de cette vidéo, dont le titre et la jaquette n’illustrent en rien le contenu, qu’un homme aux abois remet à sa maîtresse, et qui va causer la mort de la jeune femme, mettre son entourage en danger de vie, à commencer par son jeune fils à qui elle a confié l’objet le suppliant de se rendre dans un commissariat où l’officier de police qui l’intercepte, amateur de grands classiques, va les prendre en charge, lui et son meurtrier colis, tout en lançant ses appâts, dans Ville de la peur de René Belletto…

L’histoire de ces paysans pauvres d’un village des Abruzzes, aussi durs au mal que résignés sur leurs sorts, habitués à courber l’échine tant au travail que devant les responsables de leur condition qui, après des générations d’allégeance à la terre et aux multiples pouvoirs locaux et nationaux, finissent par ruer dans les brancards, via leurs épouses d’abord, le jour où un étranger venu de la ville les persuade de signer une pétition destinée à leur couper l’eau sous le nez au profit du tout puissant podestat, dans Fontamara d’Ignazio Silone…

L’histoire de ce jeune homme obstiné, tel qu’il se qualifie lui-même, qui titube sur une plage déserte, une tache rouge sur son polo blanc occasionnée par cette balle qui l’a frappé en pleine poitrine, sans doute tirée par le fusil d’une de ces femmes qu’il a connues, sous divers prénoms, à un moment donné de sa vie et de la leur, en des circonstances particulières, dont sept d’entre elles avaient peut-être une bonne raison d’appuyer sur la détente, à moins qu’il ne s’agisse de tout autre chose, dans La Passion des femmes de Sébastien Japrisot…
 
AVEZ-VOUS LU ?

L’histoire de ce duo de journaliers louant leur force de travail de ranch en ranch, désassortis mais solidaires, l’un vif et débrouillard, l’autre aussi cyclopéen qu’attardé mental, aimant caresser souris et chiots jusqu’à leur briser la nuque, liés par une amitié qu’aucune adversité ne vient démentir, l’un et l’autre rêvant d’un lopin de terre où ils cultiveraient de quoi se nourrir mais qui, à cause d’une femme en chaleur et des mains meurtrières du colosse verront leur rêve virer au cauchemar, dans Des souris et des hommes de John Steinbeck…

L’histoire de ce nobliau génois qui s’en va guerroyer contre les Turcs, moins par conviction que par esprit de bon voisinage avec d’autres aristocrates, qui livre sa première bataille en vrai preux chevalier, avant qu’un boulet ennemi ne vienne le couper en deux par le milieu faisant de lui un cas plein d’intérêt pour les médecins au chevet de cette moitié d’homme et une véritable plaie pour ses familiers et ses gens, car la partie revenue intacte de croisade n’est rien moins que sa mauvaise part, dans Le Vicomte pourfendu d’Italo Calvino…

L’histoire de ce cordonnier, trimant dans son échoppe, qui prend conscience de sa condition et, emballé par les discours d’un médecin, s’engage dans la voie du socialisme, ce qui lui vaut la perte de clients mais la solidarité de quelques voisins, avant que ne pointent les dissentiments, une fois les élections gagnées de haute lutte, et que les ambitions personnelles se fassent jour, tandis que de la capitale parviennent la nouvelle de l’assassinat de Jaurès et l’écho des bruits de bottes, dans La Maison du peuple de Louis Guilloux…

L’histoire de ce scénariste qui, après avoir lié connaissance dans un train avec une superbe créature, dont la famille se résume à un oncle mutilé et une sœur atrocement défigurée, est victime d’une chute sur la voie et, en l’absence de place à l’hôpital, se voit étrangement pris en charge par la belle voyageuse qui l’emmène chez les siens, l’y installe avec, pour garde-malade cette sœur à face de cauchemar, jusqu’à ce qu’une suite de détails de plus en plus troublants ne viennent s’accumuler à son détriment, dans Coma de Frédéric Dard…

L’histoire de ce sergent des parachutistes, rappelé en Algérie après avoir déjà accompli deux ans de service militaire dans ce département alors français qui, non seulement n’y rembarque pas la fleur au fusil tant il a vu comment l’on y traitait les autochtones mais qui, de surcroît, apprenant qu’une exécution sommaire se prépare, libère le prisonnier et s’enfuit en sa compagnie pour une traversée sous tension d’une semaine lors de laquelle les deux hommes tenteront d’échapper aux recherches, dans Le Désert à l’aube de Noël Favrelière…

L’histoire de ce détective engagé par une épouse afin de retrouver son mari disparu depuis six mois et qui, au gré de ses investigations déambulatoires, d’un café d’apparence banale à un beau-frère déroutant, de l’entreprise où le volatilisé exerçait en tant que chef des ventes à l’entrepôt d’un conseiller municipal en affaires avec ladite entreprise, d’une hypothèse bâtie sur une disparition de fait à une hypothèque basée sur une disparition aux dépens, glisse d’une enquête de routine à une quête de soi, dans Le Plan déchiqueté d’Abê Kôbô…

AVEZ-VOUS LU ?

L’histoire de cet adolescent désenchanté qui joue divinement de la guitare, fait la connaissance de l’ex-petite amie d’un garçon de la bande devenu infirme à la suite d’un accident de moto, sort avec elle d’une manière aussi désoeuvrée que ce qu’il a pris l’habitude de vivre, en se buvant sans soif, se met à vivoter de travaux à la sauvette avant de rallier Rome comme un caprice où, en plein régime fasciste, l’attend une vie de devoirs et d’implications à laquelle il ne s’attendait pas, dans Le Camarade de Cesare Pavese…

L’histoire de ces solitudes bien ancrées dans leurs contextes familiaux, exigües jusqu’à l’écrasement, qu’illustrent les mines grises et les mentalités plombées de ce vieux pervers effrayant un duo de collégiens sur les chemins buissonniers, de cet oncle oublieux au point de regagner trop tard le domicile pour permettre à son neveu de tenir une promesse faite à sa voisine, de ce père qui se défoule sur son garçonnet des humiliations subies pendant la journée et autres portraits au rasoir, dans Gens de Dublin de James Joyce…

L’histoire de cet homme de ménage qui, d’entre tous les bureaux dont il a la charge, a élu pour lui-même le trois- pièces douillet d’un expert en contentieux où il se plaît à passer le plus clair de ses nuits, s’activant par ailleurs afin d’en disposer le plus longtemps possible car, au contraire des autres bureaux, celui-ci ne comporte aucune trace d’activité diurne, à ceci près qu’un soir, décrochant une toile, il met à jour un mécanisme qui, en lui ouvrant une porte, referme sur lui un piège irréversible, dans Le Coucou de Georges-Jean Arnaud…

L’histoire de ces trente premières années du XXème siècle étasunien relatées à travers un collage d’actualités et un défilé de personnages, tels ce militant qui rallie les rangs de la révolution mexicaine, cet ambulancier-volontaire lors du premier conflit mondial qui finira par courir après le dieu-Dollar, cette idéaliste engagée que l’exécution de Sacco et Vanzetti laissera laminée, ce socialiste juif emprisonné pour ses menées pacifistes, cet arriviste déguisé en conciliateur du capital et du travail, dans la trilogie U.S.A. de John Dos Passos…

L’histoire de cet adepte de la réincarnation qui veut trouver un corps digne de l’âme de son idole, de ces ex-militants sur le retour qui renouent pour sauver un camarade de la mort et finissent par se déchirer, de cette faune périphérique grouillante où dominent les figures d’un amour-foudre, de ce jeune tagueur noctambule témoin d’un meurtre ou de cet autre piégé par la police chargée de le protéger, de ce basketteur en fin de carrière pensant plus aux paniers des filles qu’à celui des adversaires, dans Démons ordinaires de Marc Villard…

 L’histoire de ce jeune homme d’excellente famille, vertueux jusqu’à l’excès qui, à la veille de quitter la ville où il vient d’achever de brillantes études de philosophie, est pris d’un tel coup de foudre à la vue d’une jeune et jolie inconnue qu’il l’enlève, s’installe avec elle à Paris, se rendant compte que si sa princesse aime son charmant prince, elle aime mieux encore le luxe et le lucre, faisant endosser à cet amant naïf et possédé la tenue du crime et de la déchéance, dans Manon Lescaut d’Antoine-François Prévost…

AVEZ-VOUS LU ?

L’histoire de ce voyageur de commerce, célibataire, vivant au domicile familial et qui, un matin, ne se souvient pas d’avoir entendu sonner le réveil, ne rejoint pas les siens au petit-déjeuner, reste bouclé dans sa chambre au risque de compromettre son emploi, alors même qu’il ne peut décemment pas se montrer tel quel, ni aux siens qui l’en conjurent, ni au gérant qui le vitupère car, ce matin même, au sortir d’un rêve agité, son corps d’homme s’est retrouvé changé en un énorme cafard, dans La Métamorphose  de Franz Kafka…

L’histoire de ce quatuor d’activistes qui, le même jour, souillent au whisky le smoking d’un ambassadeur britannique, sabordent un concert punk à la grenade, salopent au cadmium le stand de la British Airways, signant leurs forfaits du nom d’Arthur Rimbaud, contraignant les policiers à s’immerger dans l’œuvre du poète, jusqu’à ce que l’un d’eux finisse par lever une hase sur d’hypothétiques héritiers d’une Lorraine qui voulut bouter l’Anglais hors du french royaume, dans Nous avons brûlé une sainte de Jean-Bernard Pouy…

L’histoire de ce jeune Etasunien promu au rang de cadre syndical qui, sous le coup de la fierté, imagine sa vie changer de la nuit au jour mais qui, à peine ressaisi, se fait à l’idée de la tâche qui le guette, non pas tant pour venir à bout du travail que lui confiera son organisation que pour affronter le regard de l’ouvrier blanc, parce que Blanc avant d’être ouvrier au cœur d’une nation dont l’emphase égalitariste est inversement proportionnelle à ses mœurs journalières, dans La Croisade de Lee Gordon de Chester Himes…

L’histoire de cette communauté paysanne du sud suédois, symbole d’une classe sociale pauvre, tributaire des volontés seigneuriales, fermes contre château, deux points cardinaux radicalement opposés, deux points de vue totalement irréconciliables, les uns corvéables et imposables à merci, l’autre imbu de sa force qui fait droit, entre rites et superstitions pour les uns, commandement absolu pour l’autre, de la soumission à l’attentisme via la résistance, une saisissante métaphore de tous les âges dans A Cheval ce soir de Wilhelm Möberg…

L’histoire de ces deux coups de feu émis par un calibre douze ou une escopette à canons sciés qui provoquent la mort d’un homme sur le marchepied d’un autobus ainsi que l’égaiement des passagers peu enclins à servir de témoins, début d’un jeu serré de questions précises sans réponses claires pour les carabiniers et leur capitaine, un homme du Nord qui croit défendre certaines valeurs par opposition aux coutumes autochtones où le silence est vital et le mutisme de rigueur, dans Le Jour de la chouette de Leonardo Sciascia…

L’histoire de ces deux galeristes établis en Californie, l’un Juif, l’autre (d’origine allemande) qui décide de regagner son pays, à la veille de la victoire électorale des Nazis, deux amis, comme deux frères, dont l’étroite entente va se désagréger au fil d’un échange épistolaire sans merci dû aux propos adhésifs que le « rapatrié » tient à l’endroit du régime et que son correspondant ne peut cautionner, le poussant mot après mot à livrer ce faux-frère à la souricière qu’il semble tant apprécier dans Inconnu à cette adresse de Kressmann Taylor…

AVEZ-VOUS LU ?

L’histoire de ce souverain égyptien démomifié, transbahuté en plein vingtième siècle, ressuscité par la grâce de trois enfants qui ont réussi à percer à jour les souterrains de l’Histoire et qui vont le guider dans la découverte d’une époque qu’il tente d’interpréter mais qui lui échappe, d’un monde qu’on lui offre mais qu’il repousse, et dont la route va croiser le destin d’une cantatrice née dans un camp nazi, vouée à muter en cette Vierge révélatrice de la seule véritable histoire sainte, dans Le Rire du Pharaon de François Coupry…

L’histoire de cet officier d’infanterie en demi-solde qui, sur le navire le ramenant vers sa Corse natale, fait la connaissance d’un colonel irlandais et de sa fille avec lesquels il se lie d’amitié jusqu’à ce que, quelques jours après son arrivée sur l’île, sa sœur (sorte d’Electre alfiérienne dédiée corps et âme à la vengeance et n’ayant de cesse qu’elle s’accomplisse) ne le pousse à procéder, selon les règles insulaires, à l’exécution des meurtriers de leur père, bouleversant le cours de bien des événements, dans Colomba de Prosper Mérimée…

L’histoire de ces survivants d’un holocauste techniquement programmé, passés de l’état de matricules à celui d’ombres mouvantes, libérés par les troupes soviétiques de l’un de ces camps qui les destinaient à la mort et qui, plus ou moins mal accompagnés et fagotés, vont entreprendre une vacillante marche sur les routes d’Europe centrale, de casernes en camps de regroupement, de coups durs en interludes cocasses, avec pour unique objectif une renaissance pour ne pas dire une résurrection, dans La Trêve de Primo Levi…

L’histoire de cet abonné aux verres de trop que le privé le plus médiatique du roman noir a pris l’habitude de ramasser à un coin de rue jusqu’au jour où le bonhomme, qui s’est remis en ménage avec son ex-épouse, débarque chez ledit privé pour se faire conduire au Mexique, craignant d’être accusé du meurtre de cette même légitime dans le pavillon où elle recevait ses mâles invités, point de départ pour l’investigateur de son enquête la plus personnelle et la plus douloureuse, dans The Long Goodbye de Raymond Chandler…

L’histoire de ces pionniers de l’aérospatiale, pilotes d’exercices périlleux, proies faciles d’aveugles ténèbres, en prise directe sur l’épopée au quotidien et sous la férule intraitable d’un patron rigoriste dont la poigne de fer dissimule la main d’un maître organisateur balayant d’un geste l’appréhension de l’inconnu pour que ses hommes écartent à leur tour d’un haussement d’épaules ce sentiment de peur qui peut les saisir à tout moment et leur faire rebrousser chemin, dans Vol de nuit d’Antoine de Saint-Exupéry…

L’histoire de ces deux rescapés de la Première boucherie mondialisée, l’un ayant sauvé l’autre d’une mort promise puis celui-ci dévoué corps et âme à son sauveur affreusement mutilé, lui ce fils de presque personne face à cette progéniture de richissime industriel qu’il va materner comme un fils ou un frère jusqu’à ce que, entre ce mort à peine vivant et ce vivant revenu d’entre les morts, se propage l’idée d’une embrouille tout aussi subtile que dénuée de scrupules dans Au revoir, là-haut de Pierre Lemaître…

AVEZ-VOUS LU ?

L’histoire de cet aristocrate russe, officier aspirant qui rêve d’une vie de plaisirs à Saint-Pétersbourg, se voyant déjà parader au sein de la Garde impériale, et que l’on expédie au fin fond d’un trou perdu, siège d’une lointaine et stratégique forteresse où il rencontrera néanmoins l’amour, cependant que le bruit de graves dangers sourd des campagnes où les paysans, rameutés par les Cosaques de l’Oural, sont entrés en rébellion menaçant l’Empire sur son flanc oriental, dans La Fille du capitaine d’Alexandre Pouchkine…

L’histoire de cette rencontre fatale, entre deux jeunes délinquants en quête d’un braquage au volant d’un coupé Ford volé et deux jeunes policiers en patrouille à bord de leur berline Plymouth banalisée, au cours d’une confrontation qui tourne à l’avantage des deux délinquants, lesquels entraînent leurs prises dans un champ d’oignons, abattent l’un des policiers tandis que son partenaire réussit à s’enfuir sans plus jamais s’extraire de son sentiment de culpabilité, dans Le Mort et le Survivant de Joseph Wambaugh…

L’histoire de cet adolescent qui, pour s’être vanté d’un méfait qu’il n’a pas commis tombe sous la coupe d’un petit-maître-chanteur l’obligeant à abandonner le monde lumineux de la droiture et de la transparence pour celui de l’interdit et de la duplicité, quand la venue d’un nouveau condisciple, plus âgé, mieux accompli, étranger aux autres et qui force le respect, le dépossèdera de son extorqueur, lui permettant de tracer son sillon au risque de trajectoires inenvisagées mais toutes personnelles, dans Demian d’Herman Hesse…

L’histoire de ce couple parti à vau-l’eau, de la femme enfuie chez une amie et du mari qui, un jour plus laid que les autres, enfourche son vélomoteur pour gommer la distance séparant la ville où il vivait avec elle de la ville où elle vit chez cette amie, soit quatorze heures d’affilée  sur une selle, surgit dans l’appartement, frappe de dix coups de tournevis un jeune homme qui se trouve au mauvais endroit, retient trois personnes en otages durant quinze autres heures avant d’être maîtrisé par ses victimes, dans Un fait divers de François Bon…

L’histoire de ces jeunes gens à peine sortis de l’école et précipités sur l’étal d’une boucherie mondialisée, chairs à canon d’un théâtre d’opérations où des millions d’hommes qui ne se connaissent pas s’entretuent au profit d’une poignée d’autres qui se connaissent mais ne s’entretuent pas, deux camps d’apparence irréconciliable que le cynisme des uns et l’ignorance des autres invitent au meurtre de masse, vu sur fond de tranchées tombales et d’assauts morticoles, dans A l’Ouest rien de nouveau d’Erich-Maria Remarque…

L’histoire de ces dix journées, de la première où chacun parle de ce que bon lui semble à la dernière où l’on se fait l’écho de gens qui se sont dépensé sans compter, en passant par celles où l’on rappelle le souvenir de ceux qui ont évité le pire ou qui ont connu des amours malheureuses, d’autres qui se sont tiré d’un mauvais pas grâce à un bon mot ou des tours de passe-passe, le tout raconté par sept femmes et trois jeunes gens rassemblés à la campagne, loin de la pestilence qui sévit en ville, dans Le Décameron de Giovanni Boccaccio…

AVEZ-VOUS LU ?

L’histoire de cette jeune femme qui largue ses maris plus vite qu’un marin ses attaches portuaires, fille du plus grand flic de New-York, amante d’un autre flic que son père aime mieux qu’un fils, à quoi s’ajoute l’intrusion du gang dit des Sucettes, garnements qui s’attaquent à des épiceries, molestent les commerçants pour leur propre compte ou commandités par une tribu de maquereaux du Bronx à qui le plus grand flic de New-York voue une haine sans partage, dans Marilyn la dingue de Jérôme Charyn…

L’histoire de ce pays vaincu, occupé par les Alliés après l’avoir été par les Allemands, où la peste éclate le jour même de l’entrée triomphale des troupes « libératrices », où de jeunes garçons offrent leurs corps pour deux dollars, où la dignité pour ne pas mourir a été supplantée par l’humiliation pour survivre, où les ventres criant famine réveillent les plus bas instincts, où des mères vendent la chair de leur chair au marché des enfants, de Naples à Florence via Rome, d’un enfer l’autre, dans La Peau de Curzio Malaparte…

L’histoire de cet ouvrier-boulanger, consciencieux, effacé, qui n’en a pas moins occis une concierge dans sa loge pour la dépouiller de son argent mais qui, étrangement, est beaucoup moins obsédé par son crime ou le remords qu’il est obnubilé par cette idée fixe, assiégeante, que quelqu’un s’est aperçu de son absence du fournil à l’heure exacte du meurtre, une de ces filles qui tapinent dans la rue, par exemple, et plus particulièrement l’une d’elles qui colle à ses basques comme de la glue, dans L’homme traqué de Francis Carco…

L’histoire de cet étudiant en médecine qu’un chirurgien charge d’opérer une enquête de proximité sur son frère (un artiste-peintre célibataire vivant à l’écart du monde dans une auberge de haute-montagne), de lui remettre un rapport millimétré sur son emploi du temps aussi bien que ses opinions, ses projets, et dont les vingt-sept jours passés à côtoyer le vieil homme seront pour ce jeune et secret rapporteur autant de découvertes envoûtantes sur l’univers mental de son objet d’étude, dans Gel de Thomas Bernhard…

L’histoire de ce montagnard, né d’une union par voie postale, taciturne au point de faire seul ou presque son maquis durant l’Occupation, ainsi qu’il le restera ou peu s’en faut après la mort du père et le départ du frère cadet qui ne montera plus guère « là-haut » visiter un aîné dont il a honte et une mère qui déboussole, au grand dam de l’épouse du taiseux qui a son compte de la vie au fond de ce trou oublié de Dieu et du monde fors, bien entendu, de la mort, dans L’épervier de Maheux de Jean Carrière…

L’histoire de cette cliente d’une pension de famille azuréenne, épouse prévenante et réservée, mère de deux fillettes qui, du soir au lendemain, abandonne mari et enfants pour un jeune et distingué amant débarqué la veille même, se montrant à tous sous son meilleur jour, provoquant par cette fugue, outre les opinions d’usage à l’emporte-pièces, la confession plus inattendue d’une digne et vieille dame anglaise à l’un des pensionnaires parmi les plus conciliants, dans Vingt-quatre heures de la vie d’une femme de Stefan Zweig…

 AVEZ-VOUS LU ?

L’histoire de cet homme en détresse, rongé à mort par une solitude maladive, organique, qui le pousse dans une fuite en avant continue, possédé par une voie intérieure qui le rend prisonnier de lui-même, convulsé par des souvenirs irrémédiables, tandis qu’autour de lui s’agitent d’autres pantins de la vie comme cette prostituée minée par l’amour et la tuberculose, ce jeune déserteur capable de meurtre pour compter aux yeux d’autrui ou ce matelot dépassé par ce tableau hallucinant, dans Le Rôdeur de Pierre Herbart…

L’histoire de ces deux jumeaux que leur mère conduit à la campagne pour les confier à une grand-mère qu’ils n’ont jamais vue, afin de les tenir à l’écart des dangers et restrictions sévissant en ville, et entre qui s’instaure des rapports de défis et de cruautés réciproques dont les deux garnements se servent pour s’endurcir jusqu’à l’amoralité au contact de cette aïeule avare et meurtrière, notant scrupuleusement jour après jour, fait après méfait, leur maturation vers le cynisme le plus glacial, dans Le Grand cahier d’Agota Kristof…

L’histoire de cette révolte qui lève contre l’un des plus puissants symboles de l’empire britannique, qui lève comme une pâte patiemment travaillée, fomentant troubles et attentats, décrétant une grève généralisée, déclenchant l’état de siège, qui lève malgré pressions et répressions, au-delà des jeux et enjeux auxquels se livrent les puissances étrangères, et à l’épicentre de laquelle domine la figure emblématique d’un délégué de l’Internationale au profil de révolutionnaire universel, dans Les Conquérants d’André Malraux…

L’histoire de cet exilé volontaire qui, depuis neuf longues années de trente heures quotidiennes et de vingt mois annuels, survit au cœur d’un lacis qu’il est presque le seul à avoir su pénétrer sans pour autant l’apprivoiser, un dédale de huit zones à dangerosité variable, un circuit complexe de chausse-trappes plus ou moins mortelles, d’animaux peu ou prou redoutables et qu’une escouade de congénères terriens veut ramener chez lui, de gré ou de force, dans L’homme dans le labyrinthe de Robert Sylverberg…

L’histoire de cette multitude anonyme observée à travers les portraits de deux cent trente-sept de ses composantes, sans omettre seconds rôles et figurants qui les aident à prendre corps, avec leurs petitesses et leurs grandeurs d’âme, leurs vérités masquées sous le fard des apparences où l’infiniment petit devient définitivement capital pour montrer ce que l’homme qui se donne à voir tel qu’il paraît peut encore cacher en lui de plus vraisemblablement authentique, dans Nouvelles complètes de Luigi Pirandello…

L’histoire de cet agent immobilier qui, un après-midi de partie fine manquée, repère dans la vitrine d’une brocanteuse, une feuille de carton bouilli peint à l’huile qu’il acquiert pour une bouchée de pain au regard de ce qu’il pressent avoir décroché et, à partir de quoi plus rien désormais ne va compter dans un quotidien qui comptait déjà pour peu, ni métier, ni femme, moins encore ce mal qui le ronge et qu’il néglige au profit d’une quête qui donnera un sens à sa vie fut-ce au prix de sa mort, dans Lumière de soufre de Georges Arnaud…

AVEZ-VOUS LU ?

L’histoire de ce peintre et de cet officier suivant deux belles inconnues sur la plus célèbre perspective du globe pour des dénouements fort divers, de ce barbier découvrant dans son pain le nez d’un assesseur de collège lequel en constate la disparition à son réveil, de cet autre peintre acquérant un tableau qui lui apporte gloire et fortune tout en pervertissant son talent, voire de ce fonctionnaire mis au supplice pour se payer un manteau qu’il ne portera qu’une seule journée, dans Nouvelles de Pétersbourg de Nicolas Gogol…

L’histoire de cette poignée d’adolescents dont la plupart ont déjà tâté de la maison de correction qui, lors d’un cours du soir, violent, torturent et assassinent l’institutrice sous l’empire d’un anis lactescent et, d’autre part, cet enquêteur décalé de la police milanaise qui se forge sur l’affaire une idée très différente de celle du tout-venant et se met en quête d’une voie moins simpliste que celles des réalités toutes faites avant que ne surgisse une vérité plus vraie encore que l’évidence, dans Les Enfants du massacre de Giorgio Scerbanenco…

L’histoire de cette jeune musulmane à qui son père n’adresse plus la parole depuis que son corps est devenu impur, dont la mère cuisine le traditionnel traquenard et qui, de sa chambre, en attente d’un avenir écrit par d’autres, cultive un jardin personnel de pensées sauvages, visionnaires, huysmaniennes, recomposant un passé fait de souvenirs aussi heureux qu’horribles, fabulant et fantasmant, anticipant et amplifiant, observant surtout à l’abri des œillades indiscrètes les va-et-vient de la rue, dans La Voyeuse interdite de Nina Bouraoui…

L’histoire de ce frère aîné au caractère plutôt sinistre, agressif, gros buveur, revenu en mille morceaux d’un double divorce, père d’une gamine exigeante, foreur de puits en principal, chef de police à temps partiel d’une localité sans apprêt, titubant sur le fil d’une dépression chronique ponctuée de noires colères et qui se trouve soudain en prise frontale avec un accident de chasse mettant en scène son meilleur ami comme suspect et une huile syndicale en habit de victime, dans Affliction  de Russell Banks…

L’histoire de cette infirmière qui, à la fin de la Deuxième guerre mondiale, quitte Londres et son métier pour épouser un récent veuf, père de trois enfants, sergent de police, installé dans un village irlandais où, plus ou moins acceptée par les enfants, en retrait de tout, subissant les contraintes d’une communauté christicole et retardataire, elle s’étiole de jour en jour au rythme des travaux ménagers et des soirées sans relief jusqu’à ce mal lent et obstiné qui viendra porter le coup fatal, dans La Caserne de John McGahern…

L’histoire de cette famille de la bonne société ferraraise, issue de la communauté israélite, avec laquelle le narrateur a tissé des liens privilégiés, notamment avec la fille cadette, en cette époque où sévissait déjà le régime mussolinien, d’abord comme dictature ordinaire puis racialiste, avec ses lois discriminatoires qui conduiront inéluctablement nombre de membres de la communauté à disparaître au fond des camps d’extermination allemands, dans Le Jardin des Finzi-Contini de Giorgio Bassani…

AVEZ-VOUS LU ?

L’histoire de ce jeune veuf et fils-père, avec sœur et aïeule à charge, qui délaisse l’emploi précaire de chauffeur de taxi clandestin et profite d’une pénurie de substances toxiques pour se lancer dans le lucratif mais périlleux commerce du cannabis malgré les impondérables, la concurrence, la police, les religieux, les coutumes et sa passion pour une fort bien moulée veuve, avec cette envie de décrocher n’était l’appât d’une proposition en or massif et les mauvaises surprises qui vont de pair, dans La Vie en spirale d’Abasse Ndione…

L’histoire de cette adolescente romantique, actrice dans un premier film à succès, en vacances avec sa mère-mentor de Cannes à Rome via Paris, qui s’éprend intimement puis ouvertement d’un homme marié qui la tient d’abord à distance avant de lui céder du terrain, au risque de désagréger son couple déjà en voie de démolition malgré sa façade rassurante, au cœur d’un beau monde entre deux guerres, lui aussi en voie de destruction, où d’aucuns ont toujours plus à perdre que d’autres, dans Tendre est la nuit de Francis Scott Fitzgerald…

L’histoire de ce délinquant incarcéré dès ses seize ans, puis militaire au régime sec, déménageur, casseur de cailloux sculptant corps et mental à la mesure du bloc de haine qu’il porte en lui, faisant de sa personne un véritable fauve, un prédateur sans frein avec, pour unique horizon, la vengeance mijotée contre ce policier qui, huit ans auparavant, lui a fracassé la mâchoire à coups de crosse, et qu’il s’est mis en tête de lui servir froidement même s’il doit emprunter des chemins détournés, dans Prothèse d’Andreù Martin…

L’histoire de cette jeune épouse divisible en moult multiples, de ce décret international bouleversifiant les lois temporelles et humaines, de cet intraitable père de famille à qui son charitable fils évite de lui rendre la leçon qu’il lui avait administrée, de cette vieille bigote apprenant à ses dépens que l’accès aux portes célestes n’est pas aussi évident qu’elle a cru y contribuer sa vie durant et, pour commencer, de cet employé ministériel de troisième classe qui se découvre le pouvoir de traverser les murs, dans Le Passe-muraille de Marcel Aymé…

L’histoire de ce meurtre que l’on enterre avec la victime puis que la rumeur publique exhume et exhibe transformant un paisible cultivateur, étranger à l’affaire, en un bouc-émissaire idéal que l’on arrête, que l’on juge mais que l’on relaxe au grand contentement de ceux qui l’avaient dénoncé, à l’exception de lui-même qui va s’employer à obtenir la révision d’un procès que personne ne tient à revivre tant les habitants sont satisfaits de « leur » sympathique meurtrier, dans La Famille du forgeron de Massimo Bontempelli…

L’histoire de ce producteur qui, pour une série d’émissions télévisées, cherche un certain type de femmes, s’attachant aux pas plus particuliers de l’une d’entre elles, une ex-chanteuse qui avait enregistré avec succès deux quarante-cinq tours, voyant se dessiner une carrière de future vedette jusqu’à ce qu’elle passe, suite à la mort suspecte de son agent et amant, des pages arts et spectacles à la rubrique des faits divers puis qu’elle disparaisse de la circulation, totalement volatilisée, dans  Les Grandes blondes  de Jean Echenoz…


AVEZ-VOUS LU ?

L’histoire de ce critique redouté, sûr de lui comme sur son quant à soi et qui, au soir d’une existence en pointillés et d’un réveillon en solitaire, croise son destin sous les traits d’un skinhead qui tente de le racketter, qu’il frappe, mais qui le gratifie d’une mortelle boutonnière à ceci près que, reprenant conscience, une fraction de seconde plus tard, c’est lui qui tient le couteau ensanglanté en même temps que son propre cadavre gît au sol en lieu et place de son agresseur, dans Le Corps de l’autre de Georges-Olivier Châteaureynaud…

L’histoire de cet ouvrier-typographe qui, après avoir reçu une lettre de son père l’enjoignant à souhaiter la fête à sa mère de vive-voix, se retrouve presque malgré lui en route vers son île natale, d’abord sans destination précise, puis en direction du village où vit seule cette mère qu’il n’a plus revue depuis quinze ans et qui, au fil d’un dialogue à bâtons rompus et de deux étranges tournées, de souvenirs égarés en secrets bien gardés, voit ressurgir en lui des pans entiers de ses années enfouies, dans Conversation en Sicile d’Elio Vittorini…

L’histoire de cette femme mariée à un ex-lotisseur que le Jeudi noir a balayé comme un fétu de paille, depuis sans emploi mais avec une maîtresse, double situation que sa légitime ne peut supporter, qu’elle lui signifie, se retrouvant seule avec ses deux filles et qui, après maints démarchages réussit à se faire embaucher dans un restaurant avant d’en ouvrir trois bien à elle, malgré le décès brutal de sa cadette, jusqu’à sa rencontre avec un séduisant doux viveur et aux manigances de sa fille aînée, dans Mildred Pierce de James Mallahan Cain…

L’histoire de ce haut magistrat dont le décès donne aussitôt lieu, du côté de ses collègues, à une composition de chaises musicales à propos de mutations ou d’avancements respectifs, ainsi qu’un vrai soulagement quant au fait que le défunt soit un autre qu’eux-mêmes et l’occasion de dépeindre ce que fut sa vie, son ascension professionnelle, son habileté à naviguer dans la bonne société jusqu’à ce que la maladie vienne le frapper à son insu, prenant peu à peu toute la place, dans La Mort d’Ivan Illitch de Léon Tolstoï…

L’histoire de ce pensionnaire qui a abandonné volontairement les siens pour rejoindre un établissement où seules prévalent discipline et éducation, pour ne pas dire dressage, où la brutalité du directeur contraste avec les manières de sa sœur, où l’on apprend à obéir sans rechigner, où les règles de vie sont à ce point contraignantes qu’elles autorisent à jouir de l’art de les transgresser, où l’on réfléchit sur ce que l’on est réellement, tandis que se profile une réalité qu’on n’envisageait pas, dans L’Institut Benjaminta de Robert Walser…

L’histoire de cette épouse que les gendarmes réveillent pour lui annoncer qu’elle est veuve d’un mari victime d’un accident, qu’un inspecteur embarque pour la capitale où un commissaire l’informe que feu son conjoint avait braqué la succursale bancaire qui l’employait, à quoi s’ajoute l’impulsive maîtresse de ce mari soupçonnant l’inspecteur de n’être pas tout à fait blanc-bleu dans cette affaire, encore qu’il pourrait s’agir du détective que l’épouse avait engagé pour filer l’époux volage, dans Noces de soufre de Jean Amila…

AVEZ-VOUS LU ?

L’histoire de ce père et de sa fille, lui plutôt âgé, elle plus toute jeune, l’un à peine avare, l’autre un brin maniaque, épiés d’aussi près que leurs propres ombres pourraient le faire par une sorte d’observateur des moindres faits et gestes (qu’il remarque ou projette), elle se laissant mieux capter que lui d’autant que lorsqu’il se laisser aborder mieux vaut s’en défier, deux personnages qu’un romancier suivrait à la trace tel un enquêteur collé à leurs semelles mais qu’il sera contraint de laisser filer, dans Portrait d’un inconnu de Nathalie Sarraute…

L’histoire de cette famille respectable et respectée dont les quatre membres, présents au moment de la tragédie survenue en cette matinée du dimanche 15 novembre 1959, ont trouvé la mort donnée par deux repris de justice qui tenaient à réaliser un coup de plusieurs millions de dollars avant de s’expatrier pour le Mexique, et qui repartiront bredouille de chez leurs victimes, signant leur forfait d’un quadruple meurtre sinon sans mobile du moins sans raison apparente, dans De sang froid de Truman Capote...

L’histoire de ce prêtre qui, jadis, avait été sollicité par l’archevêché afin d’intercéder auprès des troupes cosaques ralliées aux Nazis pour qu’elles mettent un terme aux razzias et autres violences commises sur les populations du nord-Frioul et qui, ayant rédigé un compte-rendu de sa mission, éprouve le besoin de le compléter, notamment à propos de la figure controversée de cet officier antibolchevique qui entraîna ses hommes à la poursuite d’une chimère jusqu’à leur perte, dans Enquête sur un sabre de Claudio Magris…

L’histoire de ce maître-assistant d’université, obsédé par la perfection en matière de criminalité et qui, bien avant d’assassiner son épouse, expose comment il a réussi à étrangler une prostituée, à faire violenter une adolescente, à supprimer le fiancé de sa future victime en prenant pour cobayes des filles de mauvaise vie, sans être inquiété pour autant, à moins qu’un petit inspecteur de rien du tout ne vienne interrompre la série ou, au contraire, la proroger plus délictueusement encore dans Mes crimes imparfaits d’Alain Demouzon…

L’histoire de ce jeune homme qui, au plan de carrière envisagé par ses parents et suite à une déconvenue amoureuse, choisit momentanément l’évasion et la solitude sur une presqu’île où il se lie avec un pêcheur de pieuvres et sa fille dont l’inquiétante réputation a franchi la langue de terre, surtout celle de cette fille qui a la mer pour pays et un dauphin pour amant mais que le jeune homme, comme aspiré par un irrésistible tourbillon convoitera jusqu’au défi inéluctable dans Une jeune fille nue de Nikos Athanassiadis…

L’histoire de cette héritière, séparée d’un mari qui lui mène la vie dure, à qui son avocat conseille un garde du corps, un ancien boxeur déchu qui devient son garde du cœur en protection rapprochée, tandis qu’un inspecteur, caustique et usagé, remonte lentement la piste d’un assassin qui a découpé le sein d’une gamine avant de le déposer chez une juge, et qui pourrait être ce peintre surgi d’un passé décomposé à condition de se fier aux apparences, dans Chronique sentimentale en rouge de Francisco Gonzalez-Ledesma…

AVEZ-VOUS LU ?

L’histoire de cette famille quart-mondiste d’origine portoricaine dont deux des enfants vivent à New-York et deux autres sont demeurés à San-Juan où vit également leur mère, tour à tour domestique, prostituée, détenue, qui a appris à se battre avec une lame à rasoir dissimulée dans la bouche et, quoique quadragénaire, qui vient de prendre pour sixième époux un  jeune homme de dix-huit ans, à quoi s’ajoutent une myriade de témoignages sur cette tribu tératologisée, dans La Vida d’Oscar Lewis…

L’histoire de ce versificateur errant, à l’écart et au creux d’une foultitude de semblables, mêmes et différents, qui ne dédaigne pas profiter des largesses d’une sœur ou de la générosité d’une ancienne camarade d’université, la tête pleine d’idées confuses, nourrissant des pensées torrides à l’égard d’une jeune bonne, de ce vagabond tout d’une pièce, prompt à rebondir ailleurs que sur le bon sens commun, malheureux d’être ce qu’il est sans savoir au juste ce qu’il voudrait être, dans La Ruche de Camilo Jose Cela…

L’histoire de ce résistant de dix-sept ans enrôlé dans la guerre de l’ombre par un camarade de la mine, co-auteur d’un sabotage, d’un coup de main, d’une expédition punitive, pris et torturé par des miliciens et qui, trois ans après la Libération, se voit accusé de meurtre en compagnie de son supérieur, lequel sauvera sa tête tandis que son subordonné sera condamné à sept ans de réclusion sous les coups de boutoir d’un procureur qui officiait sous le régime pétainiste, dans La Mort n’oublie personne de Didier Daeninckx …

L’histoire de ces figures historiques dont tout le monde a entendu parler (Lénine, Castro, Villa, Ho-Chi-Minh, Guevara…) vues à travers des aventures singulières, cocasses, dramatiques, ainsi que ces figurants plus ou moins méconnus, comme cette candidate à la Maison-Blanche, en 1872, surgie d’un trou de l’Ohio pour finir dans un trou carcéral ou de l’une des filles de feu-Marx (initiales E.M.A.), traductrice de la Bovary de Flaubert qu’une union indélicate poussera au suicide, dans Le Jardin de Bakounine de Philippe Videlier…

L’histoire de ce jeune et doué citoyen afro-étasunien dont le père s’est hissé au sommet de sa hiérarchie à force de volonté et qui, s’il connait sur le bout des doigts la trajectoire paternelle, ignore le secret enfoui dans le tréfonds familial, un de ces replis aussi innommable que rédhibitoire qui va lui barrer tout net l’entrée de cette académie militaire de Colorado Springs à laquelle il aspirait tant et dont il va vouloir connaître la réalité vraie dans Jusqu’à ce que mort s’ensuive de Roger Martin…

L’histoire de cet adolescent aux cheveux blonds et aux épaules carrées (dont la mère tient une maison de passe maquillée en salon de manucure) qui, un soir, décide de poignarder un sous-officier allemand avec un couteau prêté par un trafiquant à peine plus âgé, afin de lui dérober le revolver qu’il a repéré dans l’étui du ceinturon, non pour commettre un acte de résistance, car ce jeune homme ne procède d’aucune appartenance collective, mais simplement pour supprimer un homme, dans La Neige était sale de Georges Simenon…

AVEZ-VOUS LU ?

L’histoire de cet employé de banque revoyant une femme qui s’était donnée à lui cinq ans auparavant, lui fixant rendez-vous dans la pinède de leur première étreinte où, après quelques tergiversations, elle s’offre une seconde et (croit-il) dernière fois, comme pour refermer une parenthèse, à ceci près qu’elle le relance, à l’exemple de la fille facile qu’elle n’est pas, avant d’être travaillée par le désir confus d’une attache qu’elle sait impossible et l’obsession d’un glissement vers une mauvaise vie, dans Une liaison de Carlo Cassola…

L’histoire de ce père et de ce fils qui s’ouvre le jour des obsèques de l’épouse-mère, la découverte par le fils de la maîtresse du père, de sa jalousie particulière à l’encontre de cette femme et des liens troubles qui s’installent entre eux, ce sentiment de haine qui va l’habiter jusqu’au paroxysme tandis que le veuf inventorie les effets de la morte avec les souvenirs qui s’y rapportent, pendant qu’au-dessus de ces vies déchirées plane l’ombre de la disparue, dans L’Enfant brûlé de Stig Dagerman…

L’histoire de cette femme coiffée d’un extravagant chapeau que l’on rencontre à un comptoir, avec qui l’on engage la conversation, qui se laisse même inviter au restaurant puis au spectacle, une femme qu’on remarque et qui, au moment fatidique, lorsqu’on aurait vitalement besoin d’elle parce que votre femme a été étranglée en votre absence et que vous êtes le seul et unique suspect, non seulement cette femme se dissout dans le paysage mais personne ne se souvient d’elle à vos côtés, dans Lady Fantôme de William Irish…

L’histoire de cet enquêteur, rescapé amochi de la guerre civile espagnole, déclaré inapte pour la Deuxième hécatombe globalisée, dont l’une des manies consiste à se laisser déporter vers l’ouest dès qu’il se met à extravaguer sur cette antique cité mésopotamienne où il a atterri le jour qu’il a reçu une balle de base-ball en plein front et qui, après trois mois de vaches étiques, s’est débusqué une affaire tranchant sur l’ordinaire comme lui sur ses collègues détecteurs, dans Un privé à Babylone de Richard Brautigan…

L’histoire de ce vieil homme, au crépuscule de ses plaisirs intimes qui, sur les conseils d’un ami, se met à fréquenter avec assiduité une étrange maison où, en « client de tout repos », comme la maîtresse des lieux surnomme ces pratiquants, il paie pour passer une nuit complète auprès d’une jeune fille plongée dans le plus profond des sommeils, s’aidant de ces corps abandonnés, pour se remémorer, entre fantasmes et lentes méditations, les amours de sa vie, dans Les Belles endormies de Yasunari Kawabata…

L’histoire de cette employée de librairie dont le compagnon flirte à son avantage avec une formule magique, mais aussi de cet employé des postes dont la langue s’orne de l’image du Christ, et encore de ce comptable qui se découvre le don de changer des pommes maraudées en fruits d’or, voire de cette enseignante surprenant chez elle l’un de ses anciens élèves en tenue de cambrioleur ou de ce gardien de cimetière aux prises avec une désévanouie en quête d’un collier, dans Nouvelles des enchanteurs de Jacques Bens…

AVEZ-VOUS LU ?

L’histoire de cet universitaire atteint par un âge qui ne devrait pas encore l’affaiblir au point de ne plus pouvoir satisfaire les appétits sexuels de son épouse mais qui doit se rendre à l’évidence, cependant qu’épris d’elle, il s’essaie à créer contours et détours pour pallier les pannes fatales dont il est la première victime, abusant de traitements chimiques, de photos plus ou moins crues, pour découvrir que la jalousie pourrait être le vrai moyen de revigorer l’un en satisfaisant l’autre, dans La Confession impudique de Junichiro Tanizaki…

L’histoire de ce couple pris de remords après avoir tout tenté pour abandonner leur bébé, de ces délinquants déroutés par la conduite du chauffeur qu’ils étaient censés braquer, de ce beau-frère dominateur dont on se défait sur une entourloupe, de ce mari laissé en plan par son épouse passant en revue les raisons de ce départ sauf la bonne, de ce commis sur la réserve embarqué par un fanfaron dans une virée qui tourne au désastre et d’une trentaine d’autres cas aussi piteux que misérables, dans Nouvelles romaines d’Alberto Moravia…

L’histoire de ce peintre en mal de créativité, veuf d’une épouse aimée, génitrice de leurs sept enfants, qui raconte à l’une de ses filles ce que fut leur mère – à cette fille plutôt qu’à ses autres enfants, peut-être parce qu’elle subit, avec un de ses frères, les outrages du régime, peut-être mieux parce qu’elle est celle qui ressemble le plus à sa mère – et qui d’anecdotes courantes en souvenirs prégnants délivre ses sentiments et ressentiments à l’égard de la vie, de son métier, de l’entourage dans Dame en rouge sur fond gris de Miguel Delibes…

L’histoire de cette faune venue en baver un par un au fond d’un trou minier argentifère du sud de la France, dirigé par un Anglais manchot et alcoolique, fourmilière de Sans-papiers ni plus rien, la plupart délogés de leurs pays respectifs par les régimes secs qui y sévissent, entre ceux qui rêvent encore et ceux qui n’espèrent plus grand-chose, tous exploités jusqu’au détroussement, mal vus des autorités légales, comme échoués sur cette « île flottante attachée à la queue du diable », dans Les Javanais de Jean Malaquais…

L’histoire de ces deux garçons et de cette jeune fille issus de la bourgeoisie triestine, trois adolescents étrangers aux problèmes du monde, tout voués à leurs premiers émois au travers de gestes équivoques, d’allusions plus ou moins intentionnelles, de non-dits lourds de sens, de désirs brûlants en pâles atermoiements, jusqu’à ce qu’un intrus mieux armé pour ce type de joute n’emporte la décision qu’elle attendait d’un autre, quelques heures avant le drame final, dans La Vie ardente de Pier-Antonio Quarantotti-Gambini…

L’histoire de cet homme qui a décidé de parler, de confesser ce qu’il nomme une crise, qui choisit de le faire par tous les moyens dont il dispose et qu’il lui sied, fabulation et simulacre inclus, la vérité n’étant jamais où on l’attend ni où l’on veut bien l’entendre, de cette crise qui s’ouvre dans un dancing avec l’invitation lancée à une étrangère, entraînant chez notre sujet une érection orale, une logorrhée clinique qu’interrompra l’éclat de rire de la dame sans parler du retournement final, dans Le Bavard de Louis-René des Forêts…

AVEZ-VOUS LU ?

L’histoire de ce jeune brigadiste étasunien venu se jeter corps et biens dans la guerre civile espagnole, parce que c’est en ces années de peste brune que se joue le futur immédiat de l’humanité, au cœur même de cette lutte à mort, classe contre classe, que ses promoteurs franquistes conduisent avec le fanatisme sauvage des guerres de religion, face à des troupes républicaines légalistes mais sous équipées, et lui-même rongé par des problèmes d’homme et de nostalgie, dans Pour qui sonne le glas d’Ernest Hemingway…

L’histoire de cet agent secret, ni penseur ni philosophe, utilitariste basique, grossièrement dit espion ou contre-espion selon le camp pour lequel on opère dans cette guerre de l’ombre, froide, où tous les mauvais coups sont permis, aussi bien par ceux d’en face que par les siens, lui justement qui avait payé pour le savoir, pion parmi les pions, lui que ses supérieurs paraissaient avoir relégué dans les oubliettes mais qui voulait sa revanche à n’importe quel prix fut-ce celui de sa vie, dans L’espion qui venait du froid de John Le Carré…

L’histoire de ce brillant Sujet s’apprêtant à se lancer sur les traces de Dante dont il a choisi de faire le centre de sa thèse, quand la guerre (la drôle de…suivie de la débâcle) retrousse ses babines voraces, renvoie les projets aux calendes, promulgue des décrets antisémites, prologues à une chasse ethnique plus radicale encore qui expédie le brillant Sujet et sept dizaines de milliers de ses congénères français et apatrides dans des camps où certains sont prêts à tout y compris à l’inimaginable, dans L’anus du monde de Daniel Zimmermann…

L’histoire de cette couturière à domicile, veuve quasi-quinquagénaire qui, suite à la lecture d’une petite annonce matrimoniale, se retrouve dans le pavillon et le lit d’un récent veuf presque soixantenaire, flanqué d’un fils de trente ans, d’un genre plutôt verrouillé, pour tout dire bizarroïde, vivant à moitié reclus dans le souvenir amoureux de sa mère, et avec lequel, à la mort soudaine de son père à lui et de son mari à elle, la double veuve va devoir, si l’on peut dire, composer, dans Belle-mère de Claude Pujade-Renaud…

L’histoire de cet industriel qui a profité du premier conflit mondial pour s’enrichir dans le commerce des armes et son assassinat imputé à des anarchistes décidés à venger la mort d’un journaliste qui aurait été tué par des hommes de main dudit industriel, mais aussi de ce dandy trafiquant d’armes victime de l’incendie de son usine et d’un agrégat de personnages dont les destins se croisent au sein d’une capitale catalane minée par les grèves, les attentats, la répression, dans La Vérité sur l’affaire Savolta d’Eduardo Mendoza…

L’histoire de ce carré de jeunes gens accusés de vols et d’un double meurtre que leur meneur a reconnus et dont le récit est rapporté, dans toutes ses anfractuosités, par un de leurs amis ou, tel qu’il se définit lui-même, sinon un ami au sens où on l’entend communément, une connaissance  « d’un certain degré et d’une certaine nature » qui, sans les apprécier plus que cela et réciproquement, a eu quelque chose en commun, d’étroit, de secret même dont une jeune femme aurait été l’enjeu intime, dans Procès à Volosca de Franco Vegliani…

 

QUELQUES ESSAIS ESSENTIELS
La plupart des ouvrages suivants possèdent un point commun : ils n'ont bénéficié d'aucune publicité de la part des médias.

Howard ZINN
Une histoire populaire des Etats-Unis 
qui place les spécialistes français des USA face à leurs manques ou à leurs mensonges...

François-Xavier VERSCHAVE
La Françafrique et Noir silence
qui concentrent les exactions et les crimes de guerre commis par le pays dit des Droits de l'Homme...

Annie Lacroix-Riz
Industriels et banquiers sous l'Occupation
qui énonce comment ces deux corporations ont su mettre à profit chacune des années de guerre...

Dominique LORENTZ
Une Guerre
qui dévoile comment un accident d'avion peut cacher un assassinat en cas de désobéissance affairiste...

Charles WRIGHT-MILLS
L'Elite du pouvoir
qui analyse méthodiquement la collusion des hommes-liges du complexe militaro-industriel étasunien...

Hannah ARENDT
Eichmann à Jérusalem
qui éclaire d'un point de vue affranchi les tenants et aboutissants de la solution finale...

Curzio MALAPARTE
Technique du coup d'Etat
qui dépeint les putschs européens en traçant de leurs auteurs des portraits au rasoir...

Michel PINCON et Monique PINCON-CHARLOT  
La Violence des riches
qui décrit, exemples à l'appui, l'univers impitoyable des castes dominantes...

Moisei OSTROGORSKI
La démocratie et les partis politiques
qui expertise la véritable raison d'être de ces agrégats plus ou moins opportunistes...

Hubert DESCHAMPS
Histoire de la traite des Noirs de l'Antiquité à nos jours
qui pose un regard à cru sur la mise en esclavage de centaines de millions d'êtres humains...

Jean VERMEIL
L'autre histoire de France
qui détaille un concentré d'horreurs méconnues ou volontairement ignorées des manuels d'histoire...

Daniele GANSER
Les Armées secrètes de l'OTAN
qui met à nu les filières du terrorisme étasunien en Europe

Jean STERN
Les Patrons de la presse nationale
qui atteste l'incompatibilité d'humeur entre millionnaires et information

Duncan CAMPBELL
Surveillance électronique planétaire
qui révèle les systèmes de l'espionnite à la sauce étasunienne

Maxime VIVAS
La Face cachée de Reporters sans frontières
qui prouve comment un poisson volant pourrit de la tête...

Jacques R. PAUWELS
Le Mythe de la bonne guerre
qui implose la légende séculaire des Etats-Unis sauveurs de tout le monde...

Robert JAULIN
La Paix blanche
qui démontre le passage des massacres d'Indiens à leur assimilation ou de génocides en ethnocides...

David YALLOP
Le Pape doit mourir
qui meten lumière des réalités aussi vraies que dérangeantes mais qui restent toujours bonnes à dire...

Philippe BURRIN
La France à l'heure allemande
qui embrasse durant quatre années d'occupation les divers comportements au sein de la société...

Eric HAZAN
L'Invention de Paris
qui déambule au coeur d'une capitale décalée ou enfouie, brassant acteurs anonymes ou connus...

Pierre DEFFONTAINES
L'homme et sa maison
qui perquisitionne toutes les formes d'habitats depuis la nuit des temps...

Yves BENOT
Massacres coloniaux
qui tord le cou aux thèses révisionnistes sur la soi-disant colonisation positive...

Catherine CLAUDE
L'Enfance de l'humanité
qui démonte les fausses routes sur la prétendue sauvagerie de l'Homme Premier...

Olivier RAZAC
Histoire politique du barbelé
qui déroule la fildeférique voie de ce faiseur d'enclos s'appliquant aux animaux comme aux hommes...

Mathieu RIGOUSTE
La Domination policière
qui dénoue la mécanique d'une violence commandée et impunie...

Maurice RAJSFUS
Drancy, un camp de concentration très ordinaire
qui présente sans détours la gestion quotidienne d'un univers concentrationnaire à la française...

Gérard BAUDSON
La Planète de l'Oncle Sam
qui décrypte les manoeuvres des Etats-Unis pour garder une main ferme sur son ordre mondial...

Norman G. FINKELSTEIN
L'industrie de l'Holocauste
qui expose la façon dont une horreur humaine a pu glisser dans l'affairisme le plus vulgaire...

Michael HOWARD
La Guerre dans l'histoire de l'Occident
qui remonte le temps des conflits pour mieux nous conduire à ceux de notre époque...

Zeev STERNHELL
La Droite révolutionnaire
qui explique avec toute la rigueur nécessaire les véritables origines du fascisme, ce virus bien français...

Marc FERRO (sous la direction de)
Le Livre noir du colonialisme
qui examine au cas par cas cinq siècles d'esclavagisme et d'extermination...

Henry David THOREAU
La Désobeïssance civile
qui s'affirme comme le plus vibrant plaidoyer dédié à la non-collaboration...

 

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Les ouvrages suivants possèdent deux propriétés communes : la pédagogie et le décalage.

Giuseppe PONTIGGIA
Le Jardin des Hespérides
qui affine en l'élargissant le goût de lire par l'acuité de ses réflexions et son choix de la diversité...

Robert-Louis STEVENSON
Essais sur l'art de la fiction
qui dénote une singulière vision du problème et un amour immodéré pour le roman vrai...

Linda LÊ
Tu écriras sur le bonheur
qui invite à des séjours éclairants sur une pluralité de continents romanesques...

Julien GRACQ
En lisant, en écrivant
qui rapporte les préférences et les influences d'un auteur une fois sa propre oeuvre achevée...

Italo CALVINO
Pourquoi lire les classiques
qui incite à la nécessité de s'y plonger tout en mettant son érudition à la portée de tous...

Léon TROTSKY
Littérature et révolution
qui dame le pion aux critiques professionnels par sa liberté de ton et ses remarques avérées...

Emile VUILLERMOZ
Histoire
de la musique
qui confère à cet art majeur l'extrême attention et toute la précision qu'il mérite...

Alberto MANGUEL
Une histoire de la lecture
qui affiche une connaissance encyclopédique sans pour autant décourager le lecteur de la partager...

Régis DEBRAY 
Allons aux faits 
qui rend plus intelligible un certain réel et son lecteur plus intelligent...

Marc PETIT
Eloge de la fiction
qui déjoue les poncifs engrangés et ressassés autour de cette notion...

Jacques CABAU
La Prairie perdue
qui présente une histoire du roman étasunien à travers ceux des auteurs qui l'ont réellement faite...

Stefan ZWEIG
Essais III
qui combine avantageusement indices biographiques et observations critiques d'une rare acuité...

Jean-Paul SARTRE
Qu'est-ce que la littérature ?
qui pose quelques questions essentielles tout en y répondant didactiquement...

Jean-Pierre BERTIN-MAGHIT (sous la direction de)
Une histoire mondiale des cinémas de propagande
qui interroge toutes les formes et forces de manipulations par l'image...

Gilles DELEUZE
L'Image-temps et L'Image-mouvement
qui expriment sur le cinéma des analyses fort éloignées des sentiers battus de la critique...

A SUIVRE...

et en attendant, pour compléter cette bibliothèque, rendez-vous sur l'onglet Apartés, à la rubrique Le Roman en questions.