RETOUR DE FEMME

Ecrit entre avril et décembre 1989, 230 pages.
Publié par les éditions Denoël, en mars 1991.
Collection « Sueurs Froides », dirigée par Michel Bernard.

ok-retour de femme robert deleuse1Résumé : Lucien Maurel, mécanicien de profession, apprend simultanément l’assassinat de son épouse et la double vie qu’elle menait sous le pseudonyme de Betty Martin auprès de notables locaux. Le congé octroyé d’office par son patron donne le temps à Lucien Maurel de se reprendre, de réfléchir, d’entreprendre des recherches au cours desquelles d’autres jeunes femmes sont assassinées dans de semblables conditions. En remontant pied à pied la piste de ces assassinats, Maurel ignore qu’il se rapproche pas à pas d’un passé qu’il croyait aboli…

Réactions : « La Série Noire n’est pas la seule collection à accueillir des auteurs de qualité. Sueurs Froides (chez Denoël) le fait aussi et on ne peut que recommander l’excellent Retour de femme de Robert Deleuse à qui l’on doit déjà quelques études sur le polar et une adaptation de La Vie que je t’ai donnée de Pirandello… » (Alexandre Lous, Le Magazine littéraire).
             « On tient là l’explosion d’un jeune talent… Un ancien d’Algérie découvre par le meurtre de sa femme l’inébranlable machiavélisme dont il est le jouet. Captivant, laminant, le roman pose sur l’auteur une réussite qui fait plaisir… » (Guy Delhasse, La Wallonie).
        « L’énigme, parfaitement construite, sert ici de prétexte pour une histoire qui peu à peu nomme autre chose qu’un simple coupable. Cette terrible histoire de vengeance, au suspense bien maîtrisé, est là pour attester, une fois de plus que le roman noir est décidément un roman de la mémoire… » (Hervé Delouche, Les Lettres françaises).
        « Deleuse a imaginé une machination diabolique : faire payer à un quidam la conduite passée de son père en cherchant dans son passé à lui ce qui pourrait le faire plonger. Sinistre et édifiant… » (Bruno Gendre, Libération).
        « Pour ce premier roman, Robert Deleuse a choisi une intrigue impeccable. Son héros, comme tous les personnages qui l’entourent, a ses zones d’ombre qui s’éclaircissent peu à peu et le lecteur, porté par l’histoire, attend jusqu’à la dernière page la résolution de l’intrigue. Précision, subtilité, goût de la phrase bien faite, Deleuse ne laisse rien au hasard… » (Dinah Brand, Lire).

Historique : C’est en 1976 que m’est venue, pour la première fois, l’idée de ce roman, alors que je me trouvais au tout début de mes années clandestines. La France était entrée depuis deux ans dans son septennat giscardien et la peine de mort continuait de rouler carrosse aux côtés du droit régalien. Le mercredi 28 juillet de cette année-là, dans la cour de la prison des Baumettes, à Marseille, un jeune homme de vingt-deux ans, très probablement innocent du meurtre dont il avait été accusé, mais confondu par les appareils policier et judiciaire sur un faisceau de simples présomptions et dans un climat de pressions populacières détestables, allait offrir son cou à une machine sans retour : la guillotine. La grâce présidentielle rejetée, le couperet tomba effectivement sur la nuque de Christian Ranucci à 4h13 du matin… Quelques années auparavant, j’avais accumulé des notes sur la peine capitale et les processus policier et judiciaire qui pouvaient y conduire. J’avais lu et annoté les développements de Beccaria, Hugo, Jaurès, Koestler, Camus, etc. Mais, enfoui, dans ma clandestinité pour cause de désertion, je n’avais rien sous la main pour m’exprimer de façon construite, élaborée, sur le sujet. Me vint alors l’idée d’un roman dans lequel je m’arrangerais pour que le lecteur ne sache jamais si le personnage qu’on conduisait au supplice était coupable ou innocent. A lui de se faire un jugement. En son âme et conscience, tel que le prône sans vergogne la loi française, puisque c’est à partir de ces deux substances volatiles que, par chez nous, « justice » doit se rendre. Le sujet était simple, tout au moins dans son énoncé… Trois meurtres à caractère sexuel sont commis au bout desquels un homme d’une cinquantaine d’années est arrêté, jugé et condamné à mort. Je posai mon décor, habillai mes personnages, bâtis les grandes lignes de mon intrigue puis me mis à l’ouvrage en prenant soin de trouver un titre de départ, car je n’ai jamais pu débuter la plus infime des fictions sans posséder un titre. Après maintes tergiversations, La Mort prend l’affût me parut satisfaisant. Toutefois, quelque quatre-vingts pages plus tard, l’ennui me prit et j’eus beau tenter de renverser la vapeur, le courant de l’abandon fut le plus fort. Je remisai mon manuscrit au fond d’un sac (de voyage) et passai à autre chose… Des semaines s’écoulèrent, l’été finit par arriver et fut caniculaire. Un ami écrivain m’aida à franchir un poste-frontière vers l’Italie, au nez et à la barbe de la douane. Et c’est là, dans un village de montagne piémontais, où j’avais passé l’essentiel de mes vacances d’enfant et d’adolescent, une fois l’automne venu et les touristes partis, que l’idée de ce roman me retravailla l’esprit. Le principe de l’intrigue demeurait intact. A ceci près, que le lecteur apprenait, au lendemain de l’exécution capitale, comment et pourquoi « mon » condamné à mort était innocent et qu’il s’agissait en fait d’une vengeance. Le titre devint : Cela se mange froid. Mais, une nouvelle fois, je manquai mon but. Hésitant entre le récit à la première ou à la troisième personne pour finir dans un vocatif de mauvaise résonnance, le tout s’acheva en eau de boudin et au fond du même sac (cul-de-sac, devrais-je dire) dans la même chemise cartonnée. Les mois, les années passèrent. Rentré en France suite à des périples italien, écossais, suisse, portugais… le roman vint frapper à la porte pour la troisième fois. Je trouvai d’emblée le nouveau titre : Identification d’un monstre. Cependant si, au plan narratif, le roman tenait plutôt bien la route, psychologiquement l’affaire paraissait en maints endroits un rien tirée par les cheveux, me contraignant à jeter derechef l’éponge. Du temps passa encore. Le temps est ce qui passe le plus sûrement… L’année 1981 vit François Mitterrand (candidat unique des Gauches unies) élu à la présidence de la République. La loi du 4 août me fit (en décembre) profiter de l’amnistie et émerger de la clandestinité. Je me trouvai, à cette époque, à Edinburgh, avec une amie suisse, rencontrée à Paris en 1978 et qui avait supporté le poids d’une partie de mon souterrain. C’est elle qui me poussa à traverser le Channel pour aller poser la question de mon amnistie aux autorités compétentes. A dire vrai, je n’étais guère chaud mais elle sut user d’arguments assez imparables. Grâce à Jean Poperen, la chose se réduisit à une pure et simple formalité. Mon amie suisse vint me rejoindre à Paris où nous passâmes un Noël de rêve, cassant ma mince tirelire pour nous emmener au restaurant et au spectacle. Juste avant, j’avais rédigé un roman noir à l’humour sarcastique que trois éditeurs eurent le bon sens et la présence d’esprit de repousser. De son côté, Robert Badinter qui, en tant qu’avocat, s’était battu des années durant pour l’abolition de la peine capitale, avait accédé à la fonction de Garde des Sceaux. Sa première tâche consista à élaborer le discours qui conduirait à la suppression de cette barbarie. Ce qui fut chose faite quelques mois plus tard donnant, par la même occasion, un sacré coup de vieux à mon sujet romanesque. J’avais repris un travail officiel, retrouvé un logement déclaré, rouvert un compte bancaire, bref une vie on ne peut plus « normale » à laquelle je ne réussissais pas à m’accoutumer. Six ans de clandestinité et d’exil parviennent à fausser durablement les trajectoires de n’importe quelle normalité. La revue Roman (éditée par les Presses de la Renaissance) me sollicita pour des nouvelles et des études. De même, les éphémères magazines Contreciel et La Lettre du livre. En 1984, j’étais engagé comme gestionnaire de la Maison des écrivains, une sorte de dépendance du ministère de la Culture (voulue par Mitterrand plus que par son ministre qui la bouda en permanence et ostensiblement) chargée de venir en aide aux écrivains sous la forme d’animations, de divers travaux d’écriture et non pas de subventions. C’est pour cette Maison qu’en 1987, parallèlement à mes fonctions administratives, je conçus et programmai (sous la direction d’Hugues de Kerret), le Trans-Polar-Express, une semaine d’événements multimédia sur le roman noir français, qui fut un succès à la fois culturel et public… C’est à peu près à cette époque-là également (quelques mois auparavant) qu’était revenu par la fenêtre le projet romanesque aux trois infructueuses tentatives. Jamais trois sans quatre et me voilà reparti. Avec quelques précautions, toutefois. Prendre mon temps, laisser mûrir l’intrigue tout en visant deux ou trois référents littéraires. Je prenais des notes, rédigeais des séquences de façon anarchique, sans parvenir à me plonger dans le grand bain. Au cours d’un déjeuner, une éditrice très connue, à laquelle j’avais raconté les grandes lignes de mon sujet, me sollicita pour que je lui fasse parvenir les cinquante ou soixante premiers feuillets. Je n’en fis rien. L’avenir me donna tort. Mais bon. Je savais que la partie se jouait entre moi et moi et que, cette fois, il n’était pas question de rater la marche. Je ne touchai à sa rédaction réelle que quinze mois plus tard, en avril 1989, et j’en vins à bout sous sa forme définitive en décembre de la même année, après m’être imposé des horaires de travail draconiens. Retour de femme fut donné à lire à Michel Bernard (chez Denoël)  le 20 avril 1990, tandis que je m’apprêtais à quitter la Maison des écrivains. Trois semaines auparavant, François Coupry et Jacques Bens avaient été mes deux premiers lecteurs et leur enthousiasme me laissait espérer une décision positive. Michel Bernard (écrivain lui-même) dirigeait, aux éditions Denoël, la collection « Sueurs Froides » où nombre d’auteurs de qualité (Boileau-Narcejac, Sébastien Japrisot, Frédéric Fajardie, Hervé Jaouen…) avaient été publiés. Deux jours après avoir transmis le tapuscrit à Michel Bernard, le 22 avril donc, celui-ci me téléphonait sur ce qui était encore mon lieu de travail pour m’annoncer la nouvelle : mon roman était accepté sans réserve. Mais je n’en étais pas au bout de mes peines. Suite à un différend, au sein de Denoël, entre Michel Bernard et le Directeur-général, je dus patienter six mois et neuf jours avant de recevoir mon contrat. Le différend eut beau s’estomper entre les deux parties, cela n’empêcha pas le DG de me faire lambiner quatre nouveaux longs mois avant de me faire parvenir le chèque de l’à-valoir qui, contractuellement, aurait dû m’être versé à la signature du contrat. D’ailleurs, au cours de cette longue attente, j’avais pensé laisser choir Denoël pour un éditeur plus sérieux. Michel Bernard n’y était pour rien, bien sûr, mais je ne tenais pas à ce que mes autres romans se retrouvent à la merci d’un caprice du DG en conflit interne avec un membre de son personnel, si tel était bien le cas. Cependant, j’avais décidé que ce Retour de femme serait le premier d’une suite de six romans dont l’ensemble constituerait un cycle intitulé : Chroniques d’une ville exemplaire. Mieux valait donc pour moi et ma « suite » que les six romans fussent publiés chez le même éditeur. Je me trompai. Le roman parut enfin, ainsi que me l’avait certifié Michel Bernard par téléphone, fin mars 1991. Le 13 de ce même mois, entre 15 et 20 heures (un grand merci aux femmes de ménage pour leur compréhension), j’avais réglé mon Service de presse, face à l’avocat Gilbert Collard qui publiait un ouvrage sur l’affaire Mis et Thiennot. A cette occasion seulement, je fis la connaissance de mon attachée de presse qui montra, tant à l’égard de l’avocat que de moi-même, un intérêt strictement poli. De plus, au 30 mars, certains journalistes régionaux n’avaient toujours pas reçu l’ouvrage, censé avoir été expédié le lendemain de ma séance de dédicaces… Le reste se présenta sous un meilleur jour. Pour un premier roman, je m’attendais à recevoir, de la part de la critique, quelques échos affables, sans plus. Ce fut une avalanche de compliments. Dix-huit articles positifs contre un grincheux, ce qui me remit en mémoire la réflexion de Julien Gracq : « La littérature, comme la démocratie, ne respire que par la non-unanimité des suffrages ». En bref, de Libération à L’Humanité-Dimanche, du Magazine littéraire aux Lettres françaises, du Soir de Bruxelles à Lire, de Sud-Ouest à La Vie ouvrière, du Monde libertaire à L’Ecole libératrice… la critique avait apprécié très au-delà de mes pronostics. Deux amis prirent la plume pour me faire connaître leurs sentiments. Jean-Bernard Pouy me souhaita sa « bienvenue au club » tout en me prévenant que le nombre de mes relations amicales allait fondre comme glaçons en eau brûlante. Ce qui ne manqua pas de s’avérer au fil d’un temps assez bref. De son côté, Alain Demouzon m’écrivit longuement pour me dire que j’avais « parfaitement réussi [mon] entrée dans le monde impitoyable du polar ». Il ajoutait : « Tes courts chapitres s’emboîtent bien les uns aux autres et on a envie de courir jusqu’à la fin. Ton narrateur est parfait dans son ambiguïté, mi-coupable mi-innocent, et la pirouette finale idéale… Tu tiens parfaitement ton écriture du début à la fin et elle est de belle qualité. Continue. J’attends la suite… ». Mais, d’entre toutes les analyses publiques et privées, celle qui offrit le point de vue le plus exact, sa vision la plus chirurgicale, me fut transmise par la tragédienne Maria Casarès (pour qui, deux ans auparavant, j’avais retraduit puis co-adapté avec Michel Dumoulin une pièce de Pirandello) et qui me résuma ainsi l’affaire : « Votre personnage m’a rappelé, par certains côtés, le Meursault de Camus revisité par le Roquentin de Sartre… ». C’était très précisément ce que j’avais voulu faire avec mon « étranger nauséeux » et Maria Casarès (lectrice et même liseuse très avertie) avait parfaitement identifié les deux référents littéraires que j’avais utilisés pour venir finalement à bout de mon protagoniste. Ainsi s’ouvrit mon entrée romanesque dans le roman du fait divers…


Extrait : « (…). Je suis revenu à moi aux alentours de 23h15. Je n’ai fait le rapprochement que plus tard, mais l’indicatif du Ciné-Club est le premier son que j’ai perçu. Pourtant, je ne me souvenais pas avoir vu le récepteur allumé quand j’étais entré. L’appartement était plongé dans la pénombre. La fille semblait avoir quitté les lieux. Le seul éclairage provenait du rectangle lumineux du téléviseur. Comme le film diffusé était en noir et blanc, l’obscurité était quasi-totale. La situation confinait à l’irréalité. Je me suis relevé et j’ai rassemblé mes esprits. Je me suis déplacé en titubant, j’ai ouvert une porte et je me suis retrouvé dans la salle de bains. Je me suis dirigé vers le lavabo. J’ai fait couler l’eau, me suis aspergé le visage et massé la nuque. Tout cela dans une obscurité quasi-totale. J’avais une bosse de la grosseur d’un œuf de pigeon sur la tête et, à l’endroit de cette proéminence, mes cheveux étaient collés et poisseux. Avec une serviette humide, j’ai lavé la plaie. Ca m’a un peu picoté. J’ai trouvé étrange que le coup n’ait pas engendré une migraine carabinée. Je n’en percevais même aucune des prémices. C’est sans doute pour cette raison que, préventivement, j’ai préféré me mouvoir dans la pénombre. J’ai tenté de faire le point. Pendant que nous nous battions, elle et moi, quelqu’un avait surgi par derrière et m’avait assommé. Pourquoi et qui était-il ? Depuis quand était-il là ? Etait-ce lui qui avait dit à la fille de me faire venir chez elle ? Lui, déjà, qui l’avait frappée la première fois ? Lui, encore, qui avait tué Eliane ? Mais comment aurait-il pu savoir que je me trouvais à Paris ? J’étais parti de Lamont sans prévenir quiconque. Et comment aurait-il pu me retrouver ? Et pourquoi ? Où était passée la rousse ? Etait-elle sa complice ou sa victime ? Toutes ces questions se bousculaient sans déboucher sur rien de probant. Rien ne tenait debout. Quand je me suis senti mieux, j’ai voulu remettre de l’ordre dans mes cheveux, mais je n’ai pas trouvé mon peigne. J’avais dû le laisser à l’hôtel, sur la tablette de la salle de bains. Persuadé que la migraine ne m’atteindrait plus, j’ai cherché l’interrupteur sur la cloison du séjour. Mes doigts sont successivement entrés en contact avec une plaque, puis avec un bouton que j’ai enfoncé. Une lumière tamisée s’est répandue en provenance d’un lampadaire posé dans un angle du salon. Et c’est alors que je l’ai aperçue. Affalée dans le fauteuil coque en rotin, à l’autre bout de la pièce. Complètement nue. Les bras pendant de chaque bord, les jambes ouvertes, la tête inclinée sur son épaule gauche. Elle portait au pubis une blessure profonde et saignante qui gouttait entre ses jambes, sur la moquette. Sa bouche portait un baîllon de sparadrap et un bas de nylon était noué à son cou comme un foulard très serré. Il semblait lui entrer dans la peau. Ne faire qu’un avec sa chair. Ses yeux étaient exorbités. Dans sa bouche, la langue sortie de l’orifice buccal dessinait une bosse, sous le baîllon de sparadrap. J’ai immédiatement coupé l’électricité. J’ai écouté mon cœur cogner dans la poitrine, à tout rompre, attendant le moment où il se déciderait à bondir hors de sa cage thoracique. J’en ai oublié ma propre bosse et tout le reste. Négligeant le téléviseur allumé et les empreintes que je pouvais laisser derrière moi, j’ai détalé vers la sortie en claquant la porte. L’ascenseur était là. Je me suis littéralement jeté dans la cabine. Parvenu au rez-de-chaussée, j’ai essayé d’adopter une allure normale. Ca n’allait pas de soi. Je me suis retrouvé dans la rue de Chalon au bord de la crise de nerfs. Une fois regagnée ma chambre d’hôtel, j’ai rassemblé mes affaires, décidé à partir sur l’heure. Mais j’ai fini par me convaincre que c’était une erreur. Je me suis allongé sur le lit, tout habillé, parce que de toute manière je savais que je ne pourrais pas trouver le sommeil et j’ai regardé blanchir la nuit. Au matin, je suis descendu prendre mon petit-déjeuner et j’ai demandé qu’on me prépare la note. La réceptionniste n’a pas eu l’air surpris. Elle a simplement dit pour la forme : « Vous nous quittez déjà ? ». A quoi j’ai cru bon de répondre : « Une tante qui est malade ». Et je m’en suis aussitôt mordu les doigts. Pourquoi mentir ? Un oui aurait suffi. Un simple petit oui. Sa question ne relevait pas de la curiosité, mais du commerce. Après avoir bu ma tasse de café et à peine touché aux toasts beurrés, j’ai filé Gare de Lyon pour compulser les horaires. Je n’avais pas fait de réservation pour le retour. Dix fois, cent fois j’ai songé me rendre au 18, rue de Chalon afin de savoir si la police avait investi les lieux. Dix fois, cent fois j’ai renoncé… »