L'ART DU TEMPS

Les textes des vingt et une nouvelles ci-jointes, dont la plupart ont fait l’objet d’une publication dans des revues, des journaux ou des ouvrages, ont en outre été déposés le lundi 28 octobre 2013 à la SGDL sous le numéro 2013-10-0250.Toutes reproductions ou adaptations sous quelque forme que ce soit sans le consentement de l’auteur et de ses ayant-droits seront considérées comme illicites et passibles des articles L 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.


Je ne sais pas pourquoi, un beau matin, face au miroir de la salle de bains, je m’étais dit comme ça : « Et si j’allais faire un tour à Bologne ? ». Un rapide calcul m’avait fait remonter le temps de trois décennies. Qu’étaient devenus mes amis et connaissances que j’avais fréquentées au temps de ma liaison avec Ada ? Une liaison de dix-neuf mois qui nous avait suffisamment marqués l’un comme l’autre pour que, la rupture venue, elle ne mît jamais plus un pied à Paris ni moi dans sa ville natale. J’avais appris par Maria-Carla (une de ses collègues de l’ambassade) que ses parents lui en avaient un peu voulu d’avoir mis un terme à notre relation, sans raison apparente. Je pense pouvoir dire qu’ils m’appréciaient (même en temps que tifoso de la Juve) et qu’ils auraient bien aimé faire de moi leur gendre, leur genero. Ce fut juste Ada qui, à un certain moment, ne l’entendit plus de cette oreille, comme on dit. J’avais trente et un ans, elle vingt-trois et depuis quelque temps je lui parlai mariage, enfant et tout ce qui s’ensuit. Mes emballements l’avaient sans doute prise de court et elle s’était affolée. De plus, comme il était assez difficile de la décrypter quand elle n’exprimait pas son désaccord de vive-voix, j’avais continué d’insister. Quand elle en a eu assez d’entendre toujours le même refrain, elle me l’a fait savoir. Sans se dégrader vraiment, la relation s’est peu à peu effilochée jusqu’au jour où elle m’a dit qu’elle préférait arrêter. D’ailleurs, son contrat avec les services culturels de l’ambassade touchait à sa fin, elle ne savait pas s’il lui serait renouvelé et, tout bien pesé, elle n’en ferait pas la demande. Bologne, sa famille, ses amis lui manquaient aussi beaucoup même si, jusqu’ici, Paris et moi-même avions réussi à résorber tant bien que mal ces absences. De mon côté, mon emploi de gestionnaire dans un département autonome du ministère de la Culture m’interdisait toute espèce de fugue plus ou moins définitive, sauf à abandonner sine die le poste et les avantages qui allaient avec. Et comme je ne bénéficiais pas du statut de fonctionnaire, il ne m’était pas possible de jouer la carte d’une éventuelle mutation. D’un autre côté, comme Ada ne me quittait pas exclusivement pour retrouver sa Bologne natale, le problème ne se posait pas. Il ne s’agissait pas entre nous d’une question géographique mais existentielle. Je me souviens encore du jour où elle m’avait annoncé son désir de rompre avec Paris et moi. Nous étions installés à la terrasse du Père tranquille, aux Halles. C’était une très belle journée de la fin mai (le 28 si ma mémoire est bonne) comme Paris en connaissait un certain nombre lors de ses printemps. Elle sirotait un bitter San Pellegrino et moi une Moretti. IL était environ 17h30 et nous avions décidé de dîner en ville, ici-même dans le quartier (à La Galtouse) ou vers Beaubourg (au Curieux) puis de regagner nos pénates à Fontenay-sous-Bois après le visionnage d’une bonne toile si, les affiches nous parlaient. Je ne travaillais alors qu’à mi-temps pour ce département autonome du ministère et elle avait pris son après-midi à l’ambassade ce qu’il lui arrivait de faire (quoique rarement) et qui explique que je ne m’étais pas méfié. « Sai Robi, ci ho molto pensato e credo sinceramente che dobbiamo finirla qui ». (Tu sais, Robi [diminutif italien de Roberto] j’y ai beaucoup pensé et je crois sincèrement que nous devons arrêter là), m’avait-elle jeté sans précaution, qui plus est au détour d’un échange qui n’avait rien à voir. Pas devrions mais devons. Presque un impératif. La première déclinaison aurait laissé la porte entrouverte, la seconde venait de la claquer brutalement sur mes doigts malgré ce « nous » de pure forme. Sans parler de cette façon de l’exprimer dans sa langue maternelle alors qu’elle parlait couramment le français avec ces délicieux roulements de r qui donnaient à ses phrases les plus banales une sensualité peu ordinaire. Mais comme j’étais moi-même assez bon bilingue dans sa langue, je n’eus pas besoin d’interprète pour traduire son refus de poursuivre à mes côtés. D’abord, je n’avais rien dit. J’avais fixé ce qui restait de bière dans mon verre avant de l’assécher d’un trait et de faire un signe au serveur de m’en apporter une autre. « Cosi, qui e adesso ? » (Comme ça, ici et maintenant ?), avais-je questionné. « Non, bien sûr. Nous allons en parler mais mon opinion est presque faite ». Si son opinion était presque faite, à quoi bon en parler ? « Depuis quand ? », demandai-je. « Quelques jours mais ça fait un moment déjà que j’y pense ». C’était le moins qu’elle pût faire après dix-neuf mois de liaison. Sur le moment, j’ai cru que sa collègue et amie Maria-Carla, qui passait d’un amant à l’autre comme on peut passer du coït à l’ail, avait pu l’influencer, lui suggérer de s’amuser encore un peu avant de songer mariage, enfant et tout le toutim. Après tout, elle n’avait que vingt-trois ans. Mais très vite j’ai compris que cette décision lui était propre et qu’elle ne reviendrait pas dessus. Le « presque » qu’elle avait employé n’était qu’un adverbe diplomatique. Restait à déterminer comment se dérouleraient les deux mois qui la séparaient du terme de son contrat avec l’ambassade. En fait, c’était essentiellement de cela qu’elle avait voulu discuter ce jour-là et de pratiquement rien d’autre. Nous avions malgré tout maintenu le dîner (finalement au Perron, dans le VIIème) ainsi que la séance de cinéma (à l’UGC-Odéon qui donnait Salvador d’Oliver Stone) car les gommer pour rallier aussitôt l’appartement de Fontenay aurait rendu la soirée très pesante. Ce fut d’ailleurs sa dernière nuit dans cet appartement. La soixantaine d’autres qu’elle passa encore dans la capitale, elle les avait partagées essentiellement dans le deux-pièces de Maria-Carla à Bastille et dans quelques autres logements d’amies ou de connaissances. Un pot fut organisé pour son départ de l’ambassade, le 7 décembre. J’y avais été convié, je ne m’y étais pas montré. Déjà que la cocktailite aigüe (cette maladie parisienne d’aucuns milieux) n’était guère mon fort, je n’allais pas de surcroît me pointer à un pot d’adieu d’une relation amoureuse de dix-neuf mois qui sonnait comme mon hallali sentimental ! Quelques mois plus tard, quand je couchais avec Maria-Carla, elle ne put s’empêcher de me glisser qu’Ada avait été affectée par cette absence, ce qui me laissa quelque regret car elle avait dû penser que j’avais agi par pure vengeance alors que l’idée ne m’avait même pas effleuré. C’est ce que j’avais soufflé à Maria-Carla, lors de  ce week-end de Pentecôte à Deauville-Trouville-Honfleur, pour qu’elle le lui répète quand elles se téléphoneraient… Suite à cette idée qui m’a traversé l’esprit devant le miroir de la salle de bains, j’ai tout de même mis deux bonnes semaines à me décider. Et puis, comme je ne savais trop que faire du pont du 1er mai, j’ai pris le train pour Bologne le mercredi 30 avril à 11h35. Ce pont était idéal dans la mesure où en France comme en Italie il serait respecté et que cela me donnerait du temps pour revoir des amis, Maria-Carla peut-être et même Ada et les siens, qui sait ? Et si tant est qu’ils aient tous continué leurs vies à Bologne ou qu’ils n’aient pas décidé d’aller s’aérer ailleurs pendant ces quatre jours. Le cas échéant, je me satisferais de Bologne dont j’avais gardé un excellent souvenir. Au fur et à mesure que le train approchait de la gare centrale (celle-là même qu’un groupuscule extrémiste de droite, aidé par les services secrets dans le cadre de la stratégie de la tension supervisée par le gouvernement démocrate-chrétien, avait fait exploser le 2 août 1980, causant la mort de quatre-vingt cinq personnes et en blessant plus de deux cents), la question qui ne me quittait pour ainsi dire plus était de savoir si nous nous reconnaîtrions. Pas seulement sur un plan physique mais aussi philosophique, idéologique. Jusqu’à quel point et dans quel sens avions-nous changé, quelle image renverrais-je à ces vieux amis et quelle image d’eux me renverraient-ils à leur tour ? Nous avions tous abordé ou dépassé la cinquantaine et les vingt-sept années qui nous séparaient à jamais de notre jeunesse n’avaient pas simplement imprimé sur nos visages des rides d’expression. Le temps avait fait son œuvre dans nombre de domaines et quand il m’arrivait de revoir des photos de moi trois ou quatre décennies en arrière, je pouvais y lire chaque chemin emprunté et parcouru avec ses joies et ses revers. Le seul fait d’y penser faillit me faire descendre du train. Je détestais par-dessus tout décevoir. Le train entra en gare à 18h50 précises. Je pris un taxi pour me rendre à l’hôtel Accademia, au 6 de la via delle Belle Arti où j’avais réservé une chambre single. A mon arrivée, la réception était tenue par une jeune femme d’une trentaine d’années, au visage rond et au teint hâlé, vêtue d’un tailleur vert foncé sur une chemisette blanche. Je me présentai, elle vérifia mon nom sur sa liste des réservations, me demanda de remplir un formulaire ajoutant elle-même les informations relatives à mon passeport. Après quoi, elle me tendit une carte magnétique, me déclina les services proposés par l’hôtel et m’indiqua le numéro de ma chambre (312) au troisième étage, me précisant pour finir les heures du petit-déjeuner (entre 7h30 et 10h00). Je ralliai dans cet ordre l’ascenseur, l’étage et la chambre qui m’apparut d’emblée du meilleur confort avant de prendre une douche et de m’octroyer une heure de repos. Le restaurant où j’avais envisagé de dîner était situé non loin de l’hôtel. Je l’avais remarqué tantôt quand le taxi m’avait emmené. Sa devanture m’avait inspiré, son menu me régala. Après le repas, je m’octroyai une petite promenade digestive sans but précis à travers les rues de la ville laquelle m’entraîna dans un bar fréquenté par une jeunesse à moitié pondérée et assise en terrasse, pour moitié exubérante et concentrée à l’intérieur autour de jeux vidéo. Je m’installai à l’unique table de libre et commandai un cappuccino, un vrai. Pas cette mixture que l’on vous sert en France. J’en avais déjà eu l’envie en traversant le hall de la gare puis le bar de l’hôtel mais je m’étais abstenu me le réservant pour un plus propice instant. Tout à sa dégustation, je ne parvenais pas à me fixer sur la personne que je devrais contacter en premier demain matin. Des noms me venaient à l’esprit qui ne correspondaient pas, d’autres ne me revenaient pas en mémoire qui auraient pourtant fait l’affaire. Gianpiero, par exemple. Oui mais, Gianpiero comment ? Et sa petite amie de l’époque, Ornella. S’étaient-ils mariés ces deux là et si oui donc Gianpiero et Ornella comment ? Il y avait aussi Fulvia qui était sur le point d’épouser Enrico. Voilà, Enrico. Fulvia et Enrico. Je ne me rendis même pas compte que je venais d’avaler pratiquement d’un trait mon cappuccino comme s’il se fût agi d’un alcool fort, type Sambucca ou Grappa. Je n’en avais dégusté tout au plus qu’un petit tiers de tasse et encore, engloutissant le reste, obnubilé par mes recherches patronymiques. Soudain, je fis claquer mes doigts. Une des filles à la table voisine me dévisagea en souriant et, tout en lui rendant son sourire, d’un geste de l’index sur la tempe, je lui fis comprendre que j’avais trouvé ce que je cherchais. La vingtaine, cheveux de jais mi-longs, oiseau tatoué dans le cou, débardeur noir porté sans soutien-gorge, leggings noirs à même la peau. Pas le moment de me laisser distraire. Enrico Grandine. Dès mon retour à l’hôtel, je filai droit dans la cabine compulser l’annuaire téléphonique. Grandine Enrico y figurait. Je notai numéro et adresse sur un bloc-notes mis à la disposition de la clientèle et, le lendemain, vers les midis, j’appelai de mon Smartphone. D’abord incrédule, il finit par dire qu’il lui semblait reconnaître cette voix et se dit tout heureux de l’entendre à nouveau de visu. « Viens déjeuner avec nous, je te présenterai mon épouse et nos deux grands garçons ». S’il avait épousé la Fulvia, il m’aurait dit quelque chose comme « Fulvia sera si contente de te revoir… ». Mais là, il avait dit qu’il me présenterait son épouse. D’évidence, ce n’était pas Fulvia. Ou plus. Au fond, peu m’importait. Je me rendis à son domicile où il me fit franchir l’entrée de l’immeuble via son digicode, m’indiqua l’étage (quatrième) que je gagnai dans un ascenseur plutôt étriqué. Il m’attendait sur le palier mais à peine avais-je poussé la porte de cette boîte à sardines et que nous nous vîmes, nous ne nous reconnûmes pas. Je crus même qu’il s’agissait de l’un de ses deux « grands garçons », chose improbable vu la trentaine accomplie du bonhomme que j’avais devant moi. « Chi è lei ? » (Qui êtes-vous ?), fit-il en me fixant. « Ho dovuto sbagliare piano. Cerco il signor Enrico Grandine. Sono un amico francese… » (J’ai dû me tromper d’étage. Je cherche monsieur Enrico Grandine. Je suis un ami français). A cet énoncé, ses yeux s’écarquillèrent davantage encore. « Sono il signor Enrico Grandine. Ma lei non puo essere quel amico francese » (Je suis monsieur Enrico Grandine. Mais vous, vous ne pouvez pas être cet ami français). J’eus beau citer des noms, des faits et même des anecdotes, rien n’y fit et il me ferma la porte au nez. Qu’est-ce que cela signifiait ? Comment Enrico Grandine avait-il pu en vingt-sept ans ne prendre aucune ride (même d’expression) ni aucune autre année que la trentaine qu’il comptait déjà à cette époque ? Et pourquoi moi, je les accusais ? Bologne aurait-elle des vertus de jouvence ? Pourtant depuis hier, de la gare à l’hôtel, du restaurant au bar, par chaque rue empruntée, j’avais aussi bien croisé des jeunes que des moins jeunes et des carrément vieux. Que s’était-il passé avec Enrico Grandine ? Pourquoi n’avait-il pas vieilli ? Passablement secoué, je rejoignis directement mon hôtel sans passer par la case restaurant. J’empruntai de nouveau l’annuaire et décidai de joindre Ada. Tout au moins ses parents car elle-même avait dû changer de nom. Je cherchais un Cordelli. Tombai sur une liste de douze dont deux Giuseppe. Je notai les deux numéros, sortis de la cabine et m’installai à une table du bar après avoir commandé au serveur un cappuccino avec un croissant à la confiture et une part de sfoglia aux pommes. J’attendis qu’il vint me servir, déglutis le tout en un temps record et m’attaquai au premier numéro. Je me présentai sans préambule à la voix masculine qui avait lancé en décrochant un « pronto » décidé. Je lui exposai que j’avais connu sa fille Ada à Paris, dans les années 80 ». Le premier Giuseppe Cordelli fut le bon, même s’il y eut un grand blanc entre ma présentation et sa réaction. Quand je lui appris que je me trouvais à Bologne, il m’exhorta à passer le voir. Ce que je fis. Pour le même résultat qu’avec Enrico Grandine. Le père d’Ada avait exactement le même âge que je lui avais connu vingt-sept ans auparavant, comme si nous nous étions quittés la veille et, bien entendu, ne me reconnaissant pas il me claqua la porte au nez sans même faire appel à sa femme (Nicoletta) pour qu’elle confirme ou infirme son opinion à mon égard. Je n’avais pas parcouru vingt mètres dans la rue que je vis Ada s’avancer vers moi. Je la reconnus aussitôt parce qu’elle aussi était comme le matin où elle avait déserté mon appartement de Fontenay. Sans un jour de plus à son compteur personnel. Vêtue du même tee-shirt, des mêmes jeans noirs, des mêmes sandales qu’elle portait la veille à la terrasse du Père tranquille, quand elle m’avait annoncé sa ferme intention de rompre. Parvenu à ma hauteur, je la stoppai pour lui demander l’adresse de Gianpiero et Ornella. Elle aussi ne me reconnut pas, hésita quelques secondes avant de me fournir le renseignement. Je la remerciai. Elle m’expédia un simple « prego » ponctué d’un sourire de circonstance et reprit sa marche en avant dans une direction on ne peut plus opposée à la mienne ou plutôt à celle qu’elle m’avait désignée pour rallier l’adresse demandée… Ce sont les haut-parleurs de la gare centrale qui m’extirpèrent de ce sommeil agité. A côté de moi, le trentenaire dégingandé ressemblait à s’y méprendre au jeune Enrico Grandine. Assis en face de moi, Ada et son père ou plus exactement la jeune femme et le voyageur âgé que j’avais pris pour Ada et son père. Néanmoins, c’est sur la pointe des pieds que je descendis du train, en les traînant que je remontai le quai jusqu’à la station de taxis et, sans contacter qui que ce soit, que je passai mes quatre jours de fugue à Bologne, à revisiter la ville de la base au sommet et de fond en comble, revenant chaque soir à mon hôtel dans un état de fatigue avancé pour repartir à l’assaut le lendemain matin, évitant les endroits que nous fréquentions (elle, ses amis et moi) jusqu’au dimanche après-midi où, assis à la terrasse d’un Café, elle me vit, fonça droit sur moi, s’arrêta, repartit, stoppa de nouveau, détacha sa main de celle de son ami, revint sur ses pas les orientant vers moi. « Lei è Roberto, non ? ». (Vous êtes Robert, non ?). Et comme je ne répondis rien, elle réitéra sa question. « E Lei, chi è ? » (Et vous, qui êtes-vous ?), demandai-je prudemment. « Io sono Chiara, la figlia di Ada. Ada Cordelli » (Moi, je suis Chiara, la fille de Ada. Ada Cordelli). Non seulement elle était le portrait craché de sa mère mais elle portait le prénom que j’avais suggéré à Ada pour le cas où nous aurions une fille ensemble. Chiara, en français Claire. « Mi scusi, ma Lei si sta sbagliando, signorina » (Excusez-moi, mais vous vous trompez, mademoiselle). « Sono certa di non ! Ho visto delle foto di Lei, di questo Roberto dunque, e li assomiglia moltissimo… » (Je suis certaine que non. J’ai vu des photos de vous, de ce Roberto donc, et vous lui ressemblez beaucoup…). « Quale foto ? », questionnai-je anxieux. « Ma quelle che avete fatto con mia madre a Parigi negli anni ottanti ! » (Mais celles que vous avez faites avec ma mère à Paris dans les années 80 !). « E come ha fatto Lei a riconoscermi allora che non mi ha mai conosciuto ? » (Et comment avez-vous fait pour me reconnaître alors que vous ne m’avez jamais connu ?). « Ma perchè non è cambiato ! » (Mais parce que vous n’avez pas changé !). Ce qu’on doit appeler l’art du temps. Il fallait vraiment que je me réveille à nouveau et que j’en termine avec ces descentes narcoleptiques. Heureusement pour moi, son ami qui l’avait rejointe et vers qui je m’étais tourné pour le prendre à témoin de mon désarroi, l’excusa et, l’attirant à lui par le bras, l’obligea à décrocher.