LE ROMAN ITALIEN

Les vingt textes de la rubrique TRAVAUX, dont la plupart ont fait l’objet d’une publication dans des revues, des journaux ou des ouvrages collectifs ou personnels, ont en outre été déposés le lundi 28 octobre 2013 à la SGDL sous le numéro 2013-10-0250.Toutes reproductions ou adaptations sous quelque forme que ce soit sans le consentement de l’auteur et de ses ayant-droits seront considérées comme illicites et passibles des articles L 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.


 A l’instar du cinéma, la littérature romanesque italienne fait montre d’une réelle richesse et dispose d’un capital de réputation nullement usurpé. Si les noms de certains auteurs semblent gravés pour longtemps encore dans les mémoires, d’autres – moins connus – n’en sont pas moins essentiels. On comprendra qu’il ne nous était pas possible de faire figurer ici tous les romanciers qui peuplent la planète narrative transalpine du novecento. Cette invitation au romanesque italien a donc pour unique ambition de promener dans un siècle d’imaginaires et de langues tellement spécifiques qu’ils ont fini, pour la plupart et le plus souvent, par toucher à l’universel. Nombre d’étapes rappelleront au lecteur des souvenirs, d’aucunes haltes (trop brèves) l’inciteront à la découverte. Du moins, faut-il l’espérer…

Et pour ouvrir ce siècle foisonnant, le nom emblématique d’Italo Svevo paraît tout indiqué. Né à Trieste (alors sous contrôle autrichien) et quoique ses deux premiers romans aient été publiés à la fin du XIXème siècle (dont le premier à compte d’auteur), Ettore Schmitz dit Italo Svevo symbolise, par bien des aspects, cette position géographique éclatée d’une littérature intimement ancrée dans ses racines régionales. Les personnages de Svevo ont beau préférer l’aventure de l’introspection aux charmes de la péripétie tapageuse, ils n’en offrent pas moins un tableau de mœurs sociétal exemplaire à plus d’un titre. Le double échec (social et sentimental)  qui conduit Alfonso Nitti, le protagoniste d’Une vie au suicide ; l’échec amoureux du très masochiste Emilio Brentani, l’anti-héros de Senilità, qui voit son épouse fondre dans les bras de son meilleur ami ; la chronique de l’échec matrimonial annoncé de Zeno Cosini dans La Conscience de Zeno, sont autant de portraits en pied de la société triestine, ce concentré de cultures exogènes en permanente ébullition. C’est grâce à James Joyce (rencontré en 1905 à l’école Berlitz de Trieste) qu’Italo Svevo bénéficiera d’un crédit littéraire, notamment en France où Valéry Larbaud et Benjamin Crémieux le feront traduire en 1930. Deux ans auparavant, il était mort dans un accident de la route…

Remigio Zena (de son vrai nom Gaspare Invrea) est né à Gênes, en 1850, dans une famille catholique et noble. Juge de son état, il terminera sa carrière de magistrat en 1914. Sa carrière littéraire, elle, a débuté en 1880 avec des poésies mais le pilier central de son œuvre est romanesque. La Gueule du loup est considéré comme le chef d’œuvre de sa période vériste ; L’Apôtre incline assez résolument vers le mystère ; quant à La Dernière cartouche (probablement écrit en 1897 et publié en …1983 !), il se présente comme le compte-rendu d’un procès militaire, entièrement dialogué, d’une modernité totale, et débouche sur une vision hallucinée du réel. Zena est décédé en 1917…

Le nom de Grazia Deledda ne dira rien à beaucoup de gens. Cette Sarde autodidacte n’en a pas moins obtenu le Prix Nobel de littérature en 1926. Vingt-trois ans auparavant, elle avait écrit l’histoire d’un berger qui s’en revenait chez lui, en Sardaigne, après avoir subi une lourde peine de prison à cause d’une erreur judiciaire. Elias Portolu (le nom du personnage donne son titre au roman) va tomber amoureux de la jeune Maddalena qui, bien que fiancée à son frère, va lui rendre son amour. La fatalité qui pèse sur Elias se marie admirablement aux décors dans lesquels cette passion effrénée se déroule, tandis que ses désirs profonds trébuchent sans cesse sur le poids du milieu et des traditions. Deledda est morte en 1936…

Massimo Bontempelli est né à Côme, en 1878. En 1910, Il s’installe à Florence puis cinq ans plus tard à Milan. De cette date à sa disparition, qui survient en 1960, il va devenir l’un des auteurs les plus prolifiques d’Italie. Nouvelles, romans, essais, pièces de théâtre se succèdent à une cadence infernale. En 1931, il publie son roman le plus connu, La Famille du forgeron, dont l’action se déroule six ans avant le début de la Grande Guerre, à Valoria. Un meurtre est commis. La ville désigne un bouc-émissaire. Arrêté, jugé, condamné, Etéocle dit le Forgeron sera acquitté au bénéfice du doute mais il réclamera la révision du procès…

Umberto Saba, de son véritable nom Poli, est né à Trieste en 1883. Après la Première Guerre mondiale, il ouvre une librairie qui deviendra célèbre et qu’il animera jusqu’à sa mort. Poète avant tout, il écrit néanmoins en 1953 un récit romanesque sur l’initiation sexuelle d’un jeune adolescent, Ernesto, qui passe de l’étreinte d’un débardeur aux bras d’une prostituée avant de découvrir l’amitié sous les traits d’un jeune violoniste de son âge. Ce bref récit sera édité dix-huit ans après le décès de son auteur, survenu à Gorizia en 1957…

Giuseppe Tomasi, duc de Palma, né en 1896 à Palerme et décédé à Rome en 1957 est l'auteur d'un unique roman mondialement connu, Le Guépard, en référence au blason de son aristocratique famille originaire de Lampedusa. D'abord refusé par plusieurs éditeurs, il sera publié en 1958, grâce au romancier Giorgio Bassani, aux éditions Feltrinelli et décrochera, à titre posthume, le Prix Strega (équivalent du Goncourt français). Parallèlement à ce roman, Tomasi di Lampedusa avait également écrit un recueil de nouvelles Le Professeur et la Sirène ainsi que trois esais sur Stendhal, Byron et Shakespeare...

D’Ignazio Silone, le romancier étasunien William Faulkner a écrit qu’il était sans doute « le plus grand écrivain vivant ». Né à Pescina, dans les Abruzzes, en 1900, Secondo Tranquilli dit Ignazio Silone s’est échiné, toute son œuvre durant, à raconter la vie des « cafoni », ces paysans sans ressources d’une région prolétaire de l’Italie du sud. A vingt et un ans, s’il est l’un des membres fondateurs du PCI, il en démissionnera six ans plus tard, quand il sera le témoin, à Moscou, de l’exclusion de Trotski et de ses partisans. Réfugié en Suisse pour échapper aux recherches de l’OVRA (la police politique fasciste), il écrit son premier roman, Fontamara, avec lequel il obtient un triomphe. « J’aurais aimé, disait-il, passer ma vie à écrire et à récrire toujours la même histoire, dans l’espoir de finir, peut-être, par la comprendre et la faire comprendre… ». Avec Une poignée de mûres, les « cafoni » des Abruzzes, qui ont triomphé du fascisme, espèrent en des jours meilleurs quand sonne l’heure de la Libération jusqu’à ce que les émissaires du PCI débarquent et pactisent avec les grands propriétaires agrariens. Silone est mort en 1978…

Luciano Bolis, né à Milan, en 1918, nous offre avec Mon grain de sable un témoignage sans fard sur un acte de résistance, le sien, d’abord engagé contre sa propre famille en prenant le contre-pied des idées fascistes de ses géniteurs, entraînant ses deux frères à sa suite, puis en devenant l’un des chefs des Partisans dans la région de Gênes et, pour finir, après son arrestation, en faisant preuve de ressources hors du commun pour résister à la torture que lui infligeront ses ennemis. Bolis est mort en 1993…

En novembre 1949, quand paraît son chef d’œuvre, Le Bel été, Cesare Pavese n’a plus que neuf mois à vivre. Né quarante et un ans plus tôt, dans les Langhe piémontaises (à Santo Stefano Belbo), le grand écrivain italien va, en effet, se donner la mort, le 27 août 1950, dans une chambre de l’hôtel Roma, à Turin. Le vide qu’il laisse dans la littérature italienne est considérable et ressenti comme tel à l’époque. Car Pavese n’est pas seulement le brillant auteur de Par chez nous, Entre femmes seules, Dialogues avec Leuco, Le Camarade ou de ce terrible journal qu’est Le Métier de vivre. Il est aussi celui qui, en plein fascisme, a fait connaître en les traduisant de grands auteurs étasuniens (Melville, Dos Passos, Steinbeck, Faulkner…), qui a créé une remarquable collection d’ethnologie et qui est devenu, dès leur création, en 1933, l’un des principaux animateurs des éditions Einaudi, à Turin…

Elio Vittorini, né à Syracuse (Sicile) en 1908, est fils de cheminot et autodidacte. En 1929, il s’installe à Florence et travaille comme correcteur dans un journal tout en collaborant à la revue Solaria qui regroupe des écrivains antifascistes. En 1933, il publie en feuilleton L’œillet rouge, roman dont la publication est rapidement interrompue par la censure mussolinienne. Il apprend l’anglais en lisant Robinson Crusoe de Daniel Defoe et devient traducteur (de Poe, Steinbeck, Caldwell, Powys, etc). En 1938, il s’installe à Milan et s’attèle à son anthologie Americana (interdite par la même censure en 1941). C’est cette année-là également que paraît son roman qui sera considéré à juste titre comme l’un des chefs d’œuvre de la littérature italienne, Conversation en Sicile. Il décède en 1966 des suites d’un cancer…

De son côté, Vasco Pratolini est citoyen de Florence et fils d’ouvrier. Il a tout juste neuf ans qu’il travaille déjà après l’école pour ramener de l’argent au foyer. A vingt-deux ans, paraît son premier roman, Le Tapis vert, et quatre ans plus tard, Le Quartier sera traduit en français. C’est en 1947 qu’il publie son roman majeur, Chronique des pauvres amants, à propos duquel Armand Pierhal écrira fort justement : « Roman d’amour, histoire d’une époque, chronique d’une rue ; ce triple aspect fait [de ce roman] un ouvrage considérable… ».

Carlo Levi, lui, est né à Turin en 1902. A la fois médecin et peintre, il est arrêté par la police fasciste en 1935 pour activités subversives et confiné en Lucanie, une année durant. De ce séjour en résidence surveillée, il tirera un récit admirable, mi-roman mi-document, Le Christ s’est arrêté à Eboli, qu’il publiera en 1945…

Alberto Moravia est sans doute le romancier italien dont le patronyme est le plus connu dans le monde. Né à Rome en 1907, Alberto Pincherle dit Moravia publie son premier roman, Les Indifférents, à vingt-deux ans. De cette œuvre féconde, inégale, quelquefois surévaluée, traduite en plusieurs langues, on retiendra : Agostino, La Belle Romaine, La Désobéissance et surtout Le Conformiste, l’un de ses meilleurs textes, ainsi que Le Mépris et La Ciociara. Ce qui n’est déjà pas si mal. Il est décédé en 1990…

Elsa Morante est née, elle aussi, à Rome en 1918 où elle a passé le plus clair de son enfance en compagnie des pensionnaires de la maison de correction où son père travaillait. Malgré son mariage, en 1941, avec Moravia, elle s’est toujours tenue à l’écart du microcosme éditorial. Trois romans ont réussi à l’imposer : Mensonge et sortilège, L’Ile d’Arturo et davantage encore La Storia dont le phénoménal succès fut, une fois n’est pas coutume, mérité. Elle est morte en 1986…

Un an plus tard, le samedi 11 avril 1987, Primo  Levi, touché au plus profond de son être par « la blessure du siècle », ouvre la porte de son appartement et se jette du troisième étage dans la cage d’escalier de l’immeuble. Quarante ans auparavant, il avait écrit Si c’est un homme, impitoyable récit de sa déportation dans les camps de la mort nazie qui sera refusé par nombre d’éditeurs importants avant de paraître, grâce à Franco Antonicelli, dans une petite unité de production éditoriale et tiré à deux mille cinq cents exemplaires. Mise en faillite, la petite maison d’édition ferme ses portes et l’ouvrage sombre dans l’oubli. Ce n’est qu’en 1958 que les éditions Einaudi s’intéresseront à ce témoignage effroyable qui a, depuis, capté un immense public de par le monde. La France éditoriale attendra l’année de la mort de l’auteur pour le traduire. « Levi, écrit Ferdinando Camon, médite longtemps, en silence, et puis il dit des choses terribles à mi-voix, avec calme, d’un air doux et résigné. Il n’insulte jamais. Il ne proteste pas. Il ne veut pas crier. Il veut faire crier… ». La Trêve se déroule durant les quelques mois qui séparent la libération des Juifs italiens d’Auschwitz par les troupes soviétiques de leur retour en terre natale. Le roman a reçu le Campiello, l’un des grands prix littéraires italiens. Puis Levi sera couronné par le prix Strega (équivalent du Goncourt français) avec La Clef à mollette. Entre-temps, le prix Viareggio était venu récompenser Le Système périodique que des auteurs tels que Calvino, Roth, Bellow considèrent comme son chef d’œuvre…

Curzio Malaparte est l’un des chroniqueurs les plus doués de son temps. De son vrai nom Kurt-Erich Suckert, il est né en Toscane en 1898. A seize ans et avant même que l’Italie n’entre en guerre, il s’engage dans l’armée et combat dans l’Argonne puis sur le front italien où il est blessé aux poumons. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, il est attaché culturel à Varsovie, où il croise le général Weygand et un certain commandant De Gaulle, puis s’inscrit au parti fasciste tout en conservant de solides amitiés à gauche, ce qui rend orageux ses rapports avec le parti et le Duce en personne qui fera censurer à plusieurs reprises ses écrits. En 1931, Technique du coup d’Etat provoque la fureur d’Hitler. En 1933, il est condamné à cinq ans de confinement aux îles Lipari, mais son amitié avec le comte Ciano lui vaut d’être transféré à Forte dei Marmi, en liberté surveillée. En 1943, il renie publiquement son passé fasciste et participe, comme officier de liaison, à l’avance des Alliés en Italie du nord. A la Libération, il publie Kaputt, et quatre ans plus tard, son chef d’œuvre, La Peau. Il s’essaie au cinéma en réalisant Le Christ interdit avant de rédiger son fameux Maudits Toscans. Gravement malade, il meurt à Rome en 1957…

Vitaliano Brancati est né à Pachino (Sicile) en 1907. Il décède à Turin, en septembre 1954, au cours d’une intervention chirurgicale bénigne. La veille, croisant un ami Via Veneto, il lui avait dit : « Je voulais te saluer car nous ne nous verrons peut-être plus ». Et Leonardo Sciascia, qui rapporte l’anecdote, d’ajouter : « La vérité, c’est que quand un homme veut mourir, il y parvient ». Entre ces deux dates, Brancati publiera une huitaine d’ouvrages parmi lesquels Don Juan en Sicile, Les Années perdues et surtout Le Bel Antonio, portrait pathétique d’un coq de village, célibataire convoité par toutes les femmes et dont le mariage révèlera l’impuissance…

Tout autre est l’univers de Dino Buzzati, né à Belluno, dans le Frioul, en 1906. Après des études de droit à Milan, il débute dans le journalisme, au Corriere della Sera et, à vingt-sept ans, publie son premier roman, Barnabo des montagnes. Sept ans après, il livre son ouvrage le plus célèbre, Le Désert des Tartares, récit romanesque remarquable qui occultera quelque peu le reste de son œuvre comme L’Image de pierre, un intéressant récit d’anticipation, ou Un amour qui relate l’attrait d’un quinquagénaire pour une gamine. Ses recueils de nouvelles  (Le K, Les Nuits difficiles…) valent le détour. Buzzati est mort à Milan en 1972…

Pier-Antonio Quarantotti-Gambini est né en Istrie, à Pisano-Pazin, en 1910. Après des études de droit, il travaille dans le journalisme et parcourt le monde. Entre deux voyages, il réside à Trieste où il se lie d’amitié ave Umberto Saba. En 1958, après plusieurs ouvrages, dont l’intéressant Les Régates de San Francisco, il donne un roman dense et ambitieux, plutôt incompris de la critique et de ses contemporains, La Vie ardente. Il est décédé en 1965…

Lalla Romano, elle, est née en 1909 à Demonte, un gros bourg situé à une quarantaine de kilomètres de Cuneo, dans le Piémont. Son premier roman inaugure la très réputée collection « I Gettoni », créée par Elio Vittorini aux éditions Einaudi. Lors des quinze années qui suivent, elle publie une douzaine d’ouvrages qui fondent sa réputation et reçoit, en 1969, le Prix Strega pour un récit intitulé Ces petits mots entre nous, une sorte d’enquête à distance rapprochée entre une mère et son fils. « Le livre, écrit Jean-Baptiste Para, est une manière de journal intime : ni fiction ni évasion romanesque, il s’agit bien plutôt de revivre et de réinterpréter un rapport unique et irremplaçable… ».

Beppe Fenoglio, né à Alba, en 1922, reste la mémoire vive de la Résistance à laquelle il a participé dans les maquis piémontais. La quasi-totalité de son œuvre romanesque que les lecteurs français ont eu à connaître de façon posthume, tourne autour de la guerre civile ouverte qui s’est déroulée de 1943 à 1945 entre Partisans et fascistes soutenus par l’armée allemande : La Guerre sur les collines et Le Printemps du guerrier mettent en scène un personnage surnommé Johnny ; L’Embuscade et Une affaire personnelle ont pour fil conducteur un dénommé Milton. A côté de ses récits romanesques engagés dans l’Histoire immédiate, un court roman intitulé Le Mauvais sort, âpre et superbe, raconte le quotidien d’une famille des Langhe, vu à travers les yeux du fils cadet, Agostino, vendu à dix-sept ans par son père à un métayer. La Paie du samedi, tout aussi bref et percutant, nous conte l’histoire du jeune Ettore qui, après avoir connu les dangers du maquis éprouve quelques difficultés à se colleter avec les tentations de la vie civile. « Ce n’est pas le moindre mérite de ce livre, notait Italo Calvino, que d’être un document de l’histoire d’une génération ». Fenoglio est mort prématurément en 1963…

Avec Carlo Cassola, né à Rome le 17 mars 1917, mais enraciné dans la région de Volterra, en Toscane, l’Italie tient l’un de ses plus brillants romanciers réalistes. Dans un style volontairement dépouillé, il décrit le sort d’individus ordinaires plongés jusqu’au cou dans leurs propres marécages quotidiens. Au fil du temps, son œuvre s’est parée d’authentiques réussites dont La Coupe de bois, La Ragazza (pour lequel il décroche le Prix Strega) Le Chasseur (un de ses plus beaux romans) ainsi que l’admirable Une liaison, en sont quatre excellentes illustrations. Auteur du non-dit, injustement méconnu, il a été et demeure l’une des valeurs parmi les plus sûres et des plus durables du roman transalpin. Il est mort dans la nuit du 28 au 29 janvier 1987, d’une attaque d’asthme, près de Lucques, en Toscane…

Italo Calvino, né à Cuba, en 1923, a principalement vécu sur la côte ligure. Son premier ouvrage date de 1947 et s’intitule Le Sentier des nids d’araignées. Il raconte l’expérience d’un enfant des quartiers populaires de Gênes qui entre en contact avec la Résistance. En 1952, son imaginaire change de décor et d’époque avec sa fameuse trilogie : Le Vicomte pourfendu, Le Baron perché et Le Chevalier inexistant où la fantaisie déborde sans pour autant abandonner un regard critique sur la société italienne contemporaine à laquelle il revient très directement en 1963 avec La Journée d’un scrutateur, avant de donner, seize ans plus tard, le roman qui le fera entrer vivant au panthéon des Belles-Lettres, Si par une nuit d’hiver un voyageur, salué par une critique unanime. Calvino est mort à Gênes en 1985…

Giorgio Bassani, qui est né à Bologne, en 1916, a passé toute sa jeunesse à Ferrare. Il a participé à la Résistance et a été emprisonné en 1943. A la Libération, il s’est installé à Rome. Après des poèmes et une suite de récits dont l’action se situe dans les milieux de la bourgeoisie israélite de Ferrare, il publie, en 1962, Le Jardin des Finzi-Contini, avec lequel il obtient un succès mondial et, deux ans plus tard, Derrière la porte, qui évoque l’histoire d’un homme que l’échec vient traquer jusque dans son intimité. C’est aussi grâce à lui que sera édité, un an après la mort de son auteur, le fameux et unique roman de Giuseppe Tomasi  "Le Guépard". Bassani est mort en 2000…

Carlo-Emilio Gadda est né à Milan en 1893. Ingénieur de formation, il collabore à la revue Solaria et écrit son premier ouvrage en 1931. Mais c’est en 1957, avec la publication de L’Affreux pastis de la rue des Merles (commencé en 1938, rédigé une première fois en 1947, retravaillé dix années durant et saboté dans sa traduction française) que le succès le rattrape, faisant de lui un des phares de la littérature italienne du XXème siècle. Il est mort en 1973…

Tommaso Landolfi est né à Pico, dans le Latium, en 1908. Il poursuit de brillantes études de lettres à Florence et fréquente les milieux avant-gardistes proches de la revue Letteratura. Il est emprisonné pour antifascisme. Ses ouvrages, écrit Mario Fusco, « sont hantés de personnages bizarres ou hallucinés, dévorés de passions violentes et troubles, sadiques, angoissés, qu’il évoque avec un humour glacé et dans une langue superbe, multiforme, truffée d’allusions et d’imitations ». Le plus connu demeure La Pierre de lune. Son recueil de nouvelles Les Labrènes vaut également le détour. Landolfi est mort en 1979…

Indro Montanelli est né en 1909 à Fucecchio, près de Florence. Il se destine d’abord à la diplomatie avant d’opter pour le journalisme. Expulsé de la profession pour indiscipline politique (sous le fascisme), il devient tour à tour pêcheur de morues en Norvège, ranchero au Canada, professeur d’ethnologie en Estonie, etc. En 1944, il est arrêté par les Allemands qui le condamnent à mort pour ses activités de résistant. C’est dans la prison de San Vittore, à Milan, où il est incarcéré en attendant l’exécution de la sentence, qu’il rencontre le protagoniste de son futur récit (publié en 1958), Le Général Della Rovere. Car, on l’aura compris, Montanelli a réussi à échapper à la sentence de mort, en s’évadant quelques heures à peine avant son exécution. Il est (réellement) décédé en 2001...

Né en 1921 à Asagio, en Haute-Vénétie, Mario Rigoni-Stern est l'un des grands romanciers italiens du XXème siècle. Incorporé involontaire par le régime fasciste puis fait prisonnier par les Allemands en 1943 après que l'Italie eut signé sa paix séparée, déporté et évadé, il a voué toute sa vie un amour sans borne à son village natal. Rescapé d'un enfer dont peu de ses compatriotes ont pu réchapper, il  est retourné dans son village pour ne plus jamais s'en éloigner. Ses récits romanesques, écrits dans une langue dépouillée et d'une rare intensité, nous content les trajectoires de gens simples confrontés malgré eux aux violences d'un monde hostile. Qu'il s'agisse du berger solitaire de l'Histoire de Tönle ou de soldats italiens en débâcle sur le front russe dans Le Sergent dans la neige, qu'il dépeigne Les Saisons de Giacomo ou décrive L'Année de la victoire, Mario Rigoni-Stern a toujours su rester à hauteur d'homme dans un monde qui ne l'a jamais été. Il est décédé le 16 janvier 2008 à Asagio...

Giorgio Scerbanenco, le père du roman noir italien, est né à Kiev (Ukraine) d’un père russe et d’une mère romaine. Fuyant la révolution, la mère et l’enfant regagnent Rome puis s’installent à Milan. Très tôt orphelin, il doit gagner sa vie en exerçant divers métiers. Dans les années 40, il publie des romans policiers de facture énigmatique, fortement influencés par Conan-Doyle, qui se déroulent aux Etats-Unis, une manière de contourner les règles très strictes édictées par le régime mussolinien contre le roman policier. En 1965, il trouve la voie du roman noir avec le personnage de Duca Lamberti à qui il fera vivre quatre excellentes aventures dont Les Enfants du massacre incarne un des sommets. Scerbanenco est mort à Milan en 1969…

Avec Leonardo Sciascia, né en 1921, à Racamulto, dans la province d’Agrigente (Sicile), on ne sort pas à proprement parler du roman noir si ce n’est pour le voir basculer dans le conte cruel, formellement assez proche de la parodie du compte-rendu policier. Le Jour de la chouette, A chacun son dû, Le Contexte sont autant de courts récits satiriques qui énoncent les faits et méfaits d’une mafia quotidienne et omniprésente. Sciascia atteint même à la prémonition avec un roman nettement plus polémique, Todo Modo où le thème du complot est passé au crible de l’analyse politique, annonçant par certains côtés le futur assassinat d’Aldo Moro qui se produira quatre ans plus tard et auquel il consacrera une étude remarquable de concision intitulée L’Affaire Moro. Sciascia est décédé en 1989…

Daniele Del Giudice, né à Rome, en 1949, a été découvert par Italo Calvino, qui a préfacé son roman à ce jour le plus connu, Le Stade de Wimbledon. L’histoire d’un jeune homme qui enquête sur un intellectuel, une quinzaine d’années après sa mort, et qui part à la recherche de ses amis de jeunesse…

Franco Vegliani, né à Trieste, en 1915, est sans doute l’un des auteurs italiens parmi les plus essentiels de la seconde moitié du XXème siècle. Ses deux romans traduits en français, Procès à Volosca et La Frontière constituent deux très hauts moments de littérature romanesque. Vegliani est mort en 1982…

Claudio Magris, né lui aussi à Trieste (mais en 1939) est un auteur rare et exigeant. Dans son roman intitulé Enquête sur un sabre, il trace le portrait d’un cosaque légendaire que l’obsession de la patrie poussera à collaborer avec les nazis…

Rafaello Nigro, né en 1947, a publié avec Les Feux du Basento (Prix Campiello, 1987) une chronique historique qui s’étend de 1784 à 1861, dans le sud de l’Italie. A l’inverse du prince de Lampedusa, les protagonistes de Nigro luttent aux côtés des plus démunis…

Francesco Biamonti, né en 1930, à San Biagio della Cima (près de Vintimille) a vu deux de ses romans traduits en français dont L’Ange d’Avrigne, dans lequel un marin prénommé Gregorio cherche à élucider la mort d’un ami… Il est décédé en 2001…

Ferdinando Camon, né en 1935, à Montagnana, dans la région de Padoue, au sein d’une famille de paysans pauvres, a commencé par la poésie (un de ses recueils a été préfacé par Pasolini) avant de s’adonner au roman largement empreint d’autobiographie. Citons : Figure humaine, La Vie éternelle et, sans doute, le plus connu d’entre tous les siens, Occident, qui se situe durant les années dites de plomb…

Antonio Tabucchi, né à Pise, en 1943, a enseigné le portugais et beaucoup voyagé à travers l’Europe, l’Amérique latine, l’Inde et la Chine. Le roman qui l’a fait connaître en France s’intitule Nocturne indien. Toutes ses fictions, observe Maria Corti « obéissent à la structure narrative du roman, mais la matière romanesque est éludée au bénéfice de la litote, chère à la nouvelle… ».

Giuseppe Pontiggia, né à Côme, en 1934, est probablement (en compagnie de Franco Vegliani) le grand romancier italien de la fin du XXème siècle. Moins médiatisé que d’aucuns de ses collègues mais tellement mieux romancier que les faiseurs de panthéon à retardement finiront bien par ouvrir les yeux et le lire. Pontiggia, écrit François Bouchard, s’était fixé pour but de « désenclaver la culture italienne de l’époque ». Après un roman expérimental, il revient à des formes de narration plus classiques. Le Joueur invisible raconte la mésaventure d’un professeur d’université qui découvre, dans une revue spécialisée, une lettre anonyme mettant en cause ses compétences en matière philologique. Le Rayon d’ombre (son meilleur atout romanesque) est inspiré d’un fait réel et a pour centre la figure énigmatique d’un nommé Losi qui, en 1927, a provoqué l’arrestation d’un réseau de résistance antifasciste. La Comptabilité céleste rapporte l’histoire d’un homme qui disparaît sans laisser de traces. Au travers des commentaires et réflexions de son entourage, l’auteur reconstitue la vie du volatilisé en même temps que celle de tout un groupe social. Pontiggia est mort bien trop tôt le 27 juin 2003…

Erri de Luca est né à Naples, en 1950. Après s’être engagé dans un parti d’extrême gauche, il quitte le militantisme actif pour aller s’activer d’Europe en Afrique, louant sa force de travail dans des métiers les plus divers. En 1989, paraît un premier roman intitulé Une fois, un jour basé sur une enfance napolitaine. Suivront une douzaine d’autres récits tout aussi dépouillés, parmi lesquels : Tu,Mio, roman d’amour et de colère avec une évocation saisissante de l’holocauste ; Trois chevaux, dans lequel le narrateur prend conscience qu’une vie d’homme ne pouvant durer que « celle de trois chevaux », la sienne est parvenue au seuil de l’ultime palier ; Montedidio (le plus connu de ses romans en France et qui y a été couronné par le Prix Femina étranger), évoque le quartier de la Naples populaire où un jeune garçon de treize ans entame le dur « métier de vivre »…

A suivre...