LES MAÎTRES DU ROMAN POLICIER

Publié par les éditions Bordas, en avril 1991, 254 pages.
Collection « Les Compacts », dirigée par Olivier Juilliard.

les maitres du roman policierPrésentation :
« Les grands noms du polar mondial : de Poe à Daeninckx, de Conan Doyle à Manchette, de Christie à Rendell, de Simenon à Charyn, de Hammett à Scerbanenco, de Chase à Dard, de Chandler à Wambaugh, de Amila à Japrisot, de Highsmith à Ryck, de Mc Coy à Matsumoto…
Mais aussi des noms moins familiers : Barbara, Glauser, Natsuki, Peters, Willeford, Bosetzky, Douglas, Halter…
Et quelques surprises : Hugo, Dostoïevski, Stevenson, Greene, Dürrenmatt, Sciascia…
1841-1991 : cent-cinquante ans de romans policiers, à travers 285 auteurs. Cet ouvrage fait le point et prend parti… » (B.J.).
 
Réactions : «  Une culture authentique que présente, à travers les grandes écoles du roman policier, Robert Deleuse. Il évacue quelques fausses bonnes idées, introduit des textes inattendus et porte de beaux coups de griffe. Ce dico-express, enrichi d’annexes pour éclairer le lecteur débutant, doit être toujours à portée. Pour indiquer la route, bien sûr, mais parce qu’il se lit aussi comme un polar, écriture vive et jugements cinglants… » (Jacques Gantié, Nice-Matin).
        « Robert Deleuse publie, dans la collection Les Compacts, la première encyclopédie de poche consacrée au roman policier. Nous nous réjouissons que, pour une fois, un critique de polar ne se contente pas de passer la brosse à reluire à tout le monde, mais se permette de donner son avis. Un seul regret : la place (trop petite) réservée à certains auteurs. Mais diantre, il y en a tellement… » (Françoise Poignant, Magazine 813).
        « Je disais, dans un précédent article, que Deleuse, critique, avait la dent dure. Dès son ouverture, il fait le ménage en balayant tous les lieux communs qui ont fleuri sur les origines du roman policier, sur son évolution et sur les erreurs précieusement transmises de génération en génération. Dans son long périple historique sont passés en revue ceux qui ont fait le roman policier sans tenir compte des jugements tout faits comme tous ces critiques qui veulent se donner bonne conscience… » (Jean-Paul Schweighaueser, Hebdoscope).
        « Des énigmes en vases clos aux suspenses à ciel ouvert, de l’école des détectives raisonneurs à l’école des durs à cuire, Robert Deleuse investit toutes les formes du récit policier et nous entraîne dans une descente analytique de fond. Ne ménageant, dans la plupart des cas, ni la chèvre ni le chou, il fait le point, prend parti et dit sa passion pour une expression littéraire trop souvent méconnue et injustement décriée… » (Michel Chabot, L’Ecole libératrice).
        « Quand Robert Deleuse se met à table, c’est du sérieux. Résultat : une encyclopédie de poche sur le roman policier dont plus d’un amateur du genre ne pourra se passer. Au traditionnel classement alphabétique, l’auteur a préféré l’ordre chronologique qui permet d’appréhender la diversité, la richesse et la subtilité des différentes écoles dans une dialectique de l’évolution que certains ont encore du mal à saisir… » (Michel Rosso, Le Nouveau Journal d’Orly).
        « Voici un dictionnaire intéressant, délicieux et roboratif que tout amateur se doit d’acquérir. Cent-cinquante ans de littérature policière sont passés au crible : les années de pierre, de soufre, de cendre, de braise. Robert Deleuse dit ce qu’il pense et le dit bien. L’intérêt de l’ouvrage vient non seulement de l’érudition de l’auteur, mais aussi de son franc-parler qui fait fi des modes et des idées reçues. On est d’accord ou pas sur certaines de ses analyses mais c’est là tout le charme du livre qui incite à la lecture ou à la relecture de nos auteurs préférés… » (Alain Regnault, Les Crimes de l’année, la BILIPO).

Historique : Voilà un ouvrage qui vient de loin. On peut dire et ne pas dire, tout à la fois, qu’il est une commande d’éditeur. On peut le dire, parce que les éditions Bordas, via son directeur de collection Olivier Juilliard, me demanda de le rédiger. On peut aussi bien ne pas le dire, puisque c’est moi qui fis la démarche auprès de l’éditeur. Quoi qu’il en soit, cet ouvrage vient de bien plus loin encore… J’avais, en effet, décidé d’écrire un essai critique qui ferait le tour de la question « policière » en littérature d’Edgar Poe à nos jours, autrement dit sur les cent-cinquante ans d’existence (1841-1991) de cette toujours jeune typique romanesque, avec une assez longue préface exposant comment l’on était passé de l’énigme oedipienne au roman du nœud gordien. L’ensemble aurait dû s’intituler : Tentative d’effraction sur un genre mineur. Dans un avant-propos, j’aurais expliqué qu’il fallait, évidemment, entendre l’épithète « mineur » dans un second degré ironique (contre les critiques des Belle-Lettres qui continuent de considérer cette expression romanesque comme de la sous-littérature), mais aussi, et davantage encore, dans une acception moins répandue (développée par le philosophe Gilles Deleuze et le psychanalyste Félix Guattari) à savoir : littérature mineure parce que minoritaire et, plus précisément et personnellement encore, littérature minorée parce que de minorités culturelles. Cette problématique avait été passablement ignorée jusqu’ici, y compris par moi-même dans mes diverses études conçues pour la revue littéraire Roman… Le fait est que cet ouvrage s’annonçait difficile à publier. Me trouvant à la tête (ou à la remorque !) d’un plan de bataille qui allait me conduire à un manuscrit d’une épaisseur peu commune, je m’informai des possibilités d’acceptation d’un tel travail. Les appréciations glissèrent de la mimique dubitative à la moue compatissante jusqu’à ce que j’en parle à l’essayiste et dramaturge André Nataf qui était en passe de conclure un ouvrage pour la collection « Les Compacts », chez Bordas. Il me proposa de prendre attache, de sa part, avec Olivier Juilliard, ce que je fis. De mon plan initial, il ne resta évidemment rien au sortir de notre entretien. Si je voulais être publié, il faudrait me fondre dans le moule de la collection, en accepter toutes les contraintes, rédiger des titres, des intertitres, des chapos, écrire au signe près, et je remercie au passage Michel Arab (fondateur de La Lettre du livre) qui m’avait initié à ce genre d’exercice pour son magazine. J’acceptai les contraintes et me mis au travail. Par la suite, Bernadette Jacquet (mon éditrice personnelle) s’en vit de toutes les couleurs pour me faire entériner ce travail d’ajustement textuel à base de coupes. Mais, dès avant cela, Olivier Juilliard et moi dûmes batailler ferme auprès des étages supérieurs pour imposer l’idée d’une encyclopédie (y compris) de poche qui ne serait ni alphabétique ni thématique mais (et cela correspondait à ma marque de fabrique)… chronologique, ce qui fit écrire, plus tard, à un critique un rien borné que j’avais réuni des auteurs qui n’avaient rien à voir les uns avec les autres. Ce qui, non seulement était inexact mais parfaitement inepte. Il est vrai que ce « critique » avait rédigé son article fielleux sous la dictée d’un de ses amis, directeur de collection, dont j’avais attaqué bille en tête, arguments probants et jamais contredits à la clef, l’un des auteurs, écrivaillon raciste et morticole. Et, alors même que deux cent quatre-vingt cinq auteurs figurent dans ces Maîtres du roman policier, cette unique descente en torche me vaudra une mise à l’index immédiate et sans retour du petit monde doncamillesque du « polar » parisien. Quatre ans après encore, un critique d’extrême droite (dont on pouvait au moins comprendre qu’il admirât l’écrivaillon de même obédience) se fendra d’un énième coup de pied de l’âne à mon encontre dans un périodique dirigé par l’éditeur de l’écrivaillon en cause. Je fus écarté de certains festivals, privé de télévision publique, ce qui n’empêcha pas la critique francophone et régionale de louer mon travail comme un exercice roboratif qui livrait à la connaissance des profanes comme des étudiants une mine d’informations. Enfin, l’édition japonaise s’occupa de me traduire avec succès, tandis qu’un peu partout en France, bibliothèques, lycées et collèges me sollicitèrent pour des conférences, des débats, des cours de formation et que, quatre ans plus tard, la Sous-direction de la politique du livre et des bibliothèques du ministère des Affaires étrangères  (conduite par Yves Mabin) fera appel à mes services quand il s’agira de rédiger un Livret sur l’histoire du roman policier hexagonal à l’attention des Centres culturels français à l’étranger et des bibliothèques d’ambassades. Michel Grisolia m’écrivit à son propos : « Cent et mille fois merci pour ce Livret. C’est un instrument précis, précieux et très, très bien écrit… Est-il possible d’envisager une commercialisation ? Ce serait justice et un instrument formidable… ». En 1997, la revue Les Temps modernes (par l’intermédiaire de Jean Pons) me demandera, à son tour, de rédiger une étude conséquente sur le roman noir français… Il faut dire que, malgré ses manques et ses imperfections, j’avais fait entrer dans cette encyclopédie de poche (outre les caciques du roman policier et du roman noir mondial) des auteurs tels que Charles Barbara, Friedrich Glauser, André Héléna (que la critique spécialisée avait depuis longtemps portés disparus) et que j’avais élargi le champ de mes présentations à des auteurs tels que Graham Greene, Friedrich Dürrenmatt, Thomas Sanchez, Eduardo Mendoza, Remigio Zena, Franco Vegliani (dont cette même critique s’était jusqu’alors fort peu préoccupée, ignorant pour certains jusqu’à l’existence). Il faut ajouter enfin, que je m’étais attaqué à d’aucunes théories fumeuses (sur la naissance officielle du genre, les réelles origines du béhaviorisme…) émises par d’irréfragables et intouchables sommités, bref que j’avais bousculé trop de souverains poncifs pour plaire à ceux qui, depuis des décennies, s’étaient auto-érigés en gardiens du temple…