QUELQUES BREVES SUR DES ROMANCIERS…

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A sa mort, le samedi 21 décembre1940 à Hollywood, on ne trouvait plus aucun exemplaire d’aucun roman de Francis Scott Fitzgerald dans les librairies des Etats-Unis…   

Quand il reçut le prix Nobel en 1946, le romancier Herman Hesse était inconnu des lecteurs français. Il devait cet anonymat à l’ignorance d’une critique sûre d’elle et de ses choix…

Le mardi 23 juin 1959, au cinéma Le Marboeuf, à Paris, dès les premières images du film J’irai cracher sur vos tombes adapté de son roman, Boris Vian s’écrit : « Ces gars-là sont américains comme mon cul ! » avant d’être terrassé par une crise cardiaque...
 
Une légende veut que chaque fois que Hollywood achetait les droits d’un de ses romans pour l’adapter à l’écran, Ernest Hemingway le retirait de sa bibliothèque et s’en allait le jeter dans le Mississippi...   

L’on sait depuis un certain temps déjà que le Godot de Becket lui fut inspiré du Godeau de Balzac. Et si le Herlock Sholmes de Maurice Leblanc ne fut qu’une charge parodique à l’encontre du Sherlock Holmes de Conan Doyle et de la « philosophie du mégot », l’on sait beaucoup moins que le Hercule Poirot  d’Agatha Christie lui vint tout droit d’une devancière britannique répondant au nom de Marie Belloc Lowbdes qui créa quinze ans avant le petit Belge un détective français dénommé Hercule Popeau, tout aussi ridicule que son presque clone…

En 1915, afin de montrer sa totale désapprobation face à l’indécision du président Wilson d’entrer ou non en guerre contre l’Allemagne, le romancier Henry James abandonna sa nationalité étasunienne au profit de la britannique...   

Le vendredi 28 mars 1941, les poches lestées de quelques pierres ramassées sur les berges de la rivière Ouse, non loin de sa maison de Rodmell, Virginia Woolf entra paisiblement dans l’eau jusqu’à y disparaître. On retrouva son corps trois semaines plus tard…

Au soir de sa vie, dans sa maison londonienne du 20, Maresfield Gardens, l’ultime personnage romanesque dont  Sigmund Freud a lu l’aventure est le balzacien Raphaël de Valentin de  La Peau de chagrin…

Ernest Hemingway prétendait que « toute la littérature américaine [en tout cas étasunienne] procède d’un roman intitulé Les Aventures d’Huckleberry Finn » de Mark Twain. De même qu’avant lui, Ivan Tourgueniev avait dit au sujet de Nicolaï Gogol que « nous sommes tous sortis du Manteau »…

En 1936, quand il décède à Sébastopol des suites d'une maladie aussi soudaine que non clairement identifiée, le romancier Eugène Dabit (auteur du célèbre L'Hôtel du Nord) pousse son ultime soupir dans une chambre de l'hôpital du Nord...

 Quand les juges de la Commission des activités anti-américaines dirigée par le sénateur Joseph Mc Carthy, demandèrent au romancier Dashiell Hammett si, à leur place, il mettrait ses livres dans les bibliothèques, ils s’entendirent répondre qu’à leur place « il ne mettrait aucun livre dans les bibliothèques ». Sur quoi, ayant refusé de dénoncer ses camarades accusés de communisme, il fut condamné à six mois de pénitencier…

C’est dans un roman d’anticipation de William Gibson qu’est apparu pour la toute première fois le terme de cyberespace…    

En 1995, un romancier et essayiste français expédia, sous le pseudonyme de Virginie Lalou et sous le titre de « Beauchemin », le plus connu des romans de Virginia Woolf, Mrs Dalloway, à vingt éditeurs français et francophones qui tous, sans exception, le refusèrent, y compris celui qui l’avait publié dans sa traduction française…

Seuls ses souvenirs des mers du Sud ont valu à Herman Melville quelque succès public car autant son Moby Dick que Le Grand escroc furent ignorés du public comme de la critique…

Henri Vernes, romancier d’origine belge (de son vrai nom Charles-Henri Dewisme), créateur du personnage de Bob Morane, a publié parmi les nombreuses aventures de son héros deux romans : Les Chasseurs de dinosaures en 1957 et Les Géants de la Taïga en 1958 qui ont largement inspiré (pour ne pas dire davantage) Michael Crichton, auteur du très célèbre Jurassik Park porté à l’écran par le toujours très célébré Steven Spielberg…

On a beaucoup glosé, à la fin des années 80 du XXème siècle, sur le récit de Primo Levi, Si c’est un homme, en parlant de témoignage capital ou de chef d’œuvre. Or, il se trouve que lorsque l’auteur, en 1947, avait soumis son manuscrit à plusieurs éditeurs importants tous l’avaient refusé, à l’exception d’un certain Franco Antonicelli qui dirigeait une petite maison d’édition laquelle fit faillite et ne put continuer d’exploiter l’ouvrage qui sombra dans l’oubli. Ce n’est qu’en 1958 que les éditions Einaudi s’y intéressèrent enfin. Quant à la France éditoriale, elle attendra 1987 (vingt-neuf ans plus tard), l’année du décès de l’auteur, pour le traduire enfin…

Arthur Conan Doyle que ses exégètes toujours thuriféraires font passer pour un génie aurait-il créé le personnage de Sherlock Holmes sans le Maximilien Heller d’Henri Cauvain, aurait-il écrit La Ceinture empoisonnée sans la nouvelle de Joseph-Henri Boex dit J.H. Rosny aîné La Force mystérieuse et Le Monde perdu aurait-il vu le jour sans le Voyage au centre de la terre de Jules Verne ? Un génie, peut-être, ce Conan Doyle, mais de la découverte !

Lors de son premier voyage aux Etats-Unis, l’écrivain Graham Greene eut à répondre comme tout un chacun à un questionnaire dans lequel figurait une demande d’information sur la couleur de la peau. Il biffa les mentions « blanc » et « noir » et rajouta : rose.

C’est un professeur allemand de psychiatrie qui tira de l’œuvre littéraire du Marquis de Sade et de celle de Sacher-Masoch les néologismes de « sadisme » et de « masochisme » entrés depuis dans le langage courant et certaines mœurs privées mais néanmoins planétaires.

En 1981, la romancière Doris Lessing expédie à son éditeur, sous le pseudonyme de Jane Somers, un manuscrit intitulé Journal d’une voisine que celui-ci juge trop « détestable » pour le publier…jusqu’à ce que l’auteur lui révèle sa véritable identité, ajoutant : « Ceux qui se targuent d’être experts de mon œuvre ne reconnaissent même pas mon style ».

En 1915, Herman Hesse découvre avec horreur dans la presse allemande des articles virulents sur le caractère sacré de la guerre, et des poèmes militaristes « composés par des écrivains célèbres ».. A ces représentants de l’esprit qui prêchaient la haine et portaient aux nues le nationalisme, Hesse adressa, dans La Nouvelle Gazette de Zürich, un appel reproduit dans toute la presse européenne, et qui lui valut d’être désigné par les autorités et ses collègues allemands comme un traître…

Dans une lettre adressée à sa compagne et dramaturge Lilian Hellmann, le romancier Dashiell Hammett, lecteur de Proust, confiait à celle-là à propos, de celui-ci : « Si ce monsieur Proust n’en finit pas bientôt avec son Albertine, il va finir par perdre un client ».

Plusieurs lettres façon Maupassant rédigées par un faussaire et deux nouvelles à la manière de Marcel Aymé conçues par un admirateur figurent en bonne place dans les volumes de la Pléiade qui leur sont respectivement consacrés et commentés, cela va sans dire, par des spécialistes desdits auteurs.

Quand Cesare Pavese se donne la mort par surdose de barbituriques, le dimanche 27 août 1950, dans une chambre de l’hôtel Roma à Turin, le garçon d’étage, en forçant la porte de ce client que personne n’a vu de la journée, laisse entrer un chat comme l’avait imaginé l’auteur dans son roman Entre femmes seules après que sa protagoniste s’était suicidée…