UNE MAISON DERRIERE LA DUNE

Ecrit entre avril et septembre 1996, 210 pages.
Publié par les éditions Le Seuil, en avril 1997.
Collection « Fictions », dirigée par Claude Gutman.

une maison derriere la duneRésumé : Le romancier Roland Delalande est invité en résidence dans une petite ville de la côte atlantique. Il apprend que le propriétaire de la maison mise à sa disposition s’est suicidé trois ans auparavant. Suicide ou meurtre ? La question se pose parce qu’un passant, rencontré par hasard, pousse le romancier sur la piste d’un meurtre maquillé en suicide. A mesure que s’ouvrent des portes qui auraient dû rester closes, l’atmosphère devient plus pesante et le romancier-enquêteur ira de surprises en dangers…

Réactions : « Le point de départ de ce roman fait référence à une coutume récente. On invite un écrivain en résidence dans une ville et on lui demande une œuvre en rapport avec les réalités locales. Le héros de Robert Deleuse est donc un écrivain qui vient dans une petite ville de la Côte atlantique pour en chanter les louanges et tombe par hasard sur un fait divers qui va bouleverser le scénario initial… » (Lionel Germain, Sud-Ouest).
        « Invité à résider dans une station balnéaire dont il doit faire le cadre de son prochain roman, Roland Delalande découvre que la maison qu’il habite fut le lieu d’un suicide. Mis de façon étrange sur la piste, il mènera l’enquête en tâchant de ne pas se faire trop manipuler. Un bon policier, sarcastique et drôlement efficace… » (Armelle Godeluck et Laurence Litan, Lire).
        « Robert Deleuse excelle à créer l’atmosphère d’une petite station balnéaire endormie sous un printemps pluvieux. Les investigations de son héros l’amènent à rencontrer des gens de toutes catégories sociales et certains personnages sont campés avec finesse. La personnalité du romancier, un tantinet blasé et parisianiste, est également bien vue. La minutie des descriptions de lieux et des allées et venues de Delalande donnent un style certain au roman… » (Sans nom de critique, Notes bibliographiques).

Historique : Courant 1995, à l’occasion du tricentenaire de la mort de Jean de La Fontaine, j’avais été invité par la ville et la bibliothèque de Villers-Cotterêts (en Picardie) à diriger un atelier d’écriture en milieu scolaire sur le thème de l’adaptation de quatre fables du susdit en nouvelles noires. Les vingt-six élèves de CM1 et CM2 de l’école de la Haute-Borne s’impliquèrent si sincèrement dans cet exercice que je décidai, au bout de la semaine, de transformer nos synopsis communs en quatre longues nouvelles que je soumettrais à l’approbation d’un éditeur. Ce que je fis sitôt rentré à La Rochelle. Puis j’expédiai le tapuscrit aux éditions Syros qui le refusèrent au prétexte qu’elles ne publiaient pas de nouvelles. J’en parlai à Didier Daeninckx (à qui je venais de servir de « faire-valoir », au pied levé, dans un long entretien à paraître aux éditions Paroles d’Aube) qui me conseilla de le soumettre à Claude Gutman, au Seuil, lequel me téléphona pour m’apprendre, lui aussi, qu’il ne publiait pas de nouvelles dans sa collection mais que, ma façon de raconter ne l’ayant pas laissé indifférent, si je pouvais lui présenter une histoire en deux ou trois feuillets convaincants, nous contracterions. Pour moi, alors (et ce avant même que je publie la moindre ligne) les éditions du Seuil, Gallimard, Minuit incarnaient le top de l’édition hexagonale. Avoir réussi à intéresser un directeur de collection du Seuil (qui mieux est romancier lui-même) avec quatre nouvelles adaptées de quatre fables de La Fontaine sur des synopsis conçus en compagnie d’enfants de neuf à onze ans, me parut si incroyable sur le moment que je mis, sans plus attendre, à rédiger ce résumé comme sur un nuage, et qu’il fut accepté. Contrat signé, à-valoir engrangé, je me mis au travail, m’employant assidûment durant six mois (entre Charentes-Maritimes adoptives et Piémont presque natal) pour accoucher de cette Maison derrière la dune que l’ami Châteaureynaud qualifia de « très bel objet littéraire mais aussi un fameux plaisir de lecture »…

Extrait : « (…). En plein milieu de la nuit, je me réveille soudain, couvert d’une sueur froide. Céline n’est plus à mes côtés. J’essuie mon visage détrempé à un coin de drap. Aucun bruit. Pas le plus infime rai de lumière sous la porte. J’appelle. Une, deux, trois fois. Pas de réponse. Je me lève, enfile mon peignoir-éponge et gagne le séjour. Le battant de la salle de bains est entrebaîllé. Craignant qu’elle ne soit malade et qu’elle n’ait pas voulu me réveiller en allumant la lumière, je m’approche, ouvre. Personne. Un courant d’air vient rafraîchir mes mollets. Je me retourne. La baie vitrée n’est pas complètement close. Je me souviens d’avoir négligé d’abaisser les stores, mais avais-je fermé la baie ? Et pourquoi Céline serait-elle sortie ? Son peignoir… Je reviens dans la chambre. Il n’est plus là. Je passe un pull, un pantalon, glisse mes pieds dans des mocassins et sors à mon tour. J’ai beau scruter l’horizon d’un regard panoramique, je ne discerne pas la moindre silhouette humaine découper le décor. Seules quelques mouettes insomniaques vont et viennent paresseusement entre ciel et mer. Un frisson remonte le long de mon dos. Je contourne la maison jusqu’à l’appentis. La Twingo est là. J’en étais sûr, mais bon… Je vérifie l’état des pneus. Tout est en ordre. Les deux portières et le hayon sont également verrouillés. La sonnerie du modulophone retentit. Je fonce à l’intérieur. Voix de Céline, brisée par des sanglots : « Roland ? Je t’en supplie, fais ce qu’il te dit, je t’en supplie ! ». Bref silence, puis : « Bonsoir, plumitif… ».Voix masculine, accent caverneux. Je me tais. « Ecoute- moi, plumitif. Laisse tomber, tu m’entends ? Nous sommes trop forts pour toi. Occupe-toi de noircir tes feuilles de papier. Compris ? ». Nouveau silence, plus long, durant lequel j’entends Céline renifler tout près de l’appareil. « Tu connais la rue Michel-Taroski ? ». Gorge nouée, je réponds par la négative. « Tu vas la trouver sur le plan de la ville que tu as déposé dans le vide-poches de la Twingo… Il y a une cabine téléphonique, rue Taroski. Dépêche-toi d’arriver avant qu’un obsédé sexuel ne passe par là… ». C’est raccroché. Je me rue sous l’appentis, actionne mon sésame électronique, laisse la portière ouverte pour profiter de l’éclairage du plafonnier, déplie le plan urbain avec fébrilité, cherche et trouve la rue en question (C6 sur la carte), claque la portière, mets le contact et démarre. Dix minutes plus tard, je stoppe devant la cabine où se trouve Céline, recroquevillée sur le plancher, à bout de nerfs. J’ai toutes les peines du monde à l’en extraire de même qu’à la faire marcher et s’asseoir dans la voiture. Je reprends le chemin de la maison. Après deux cognacs, elle est en mesure de s’exprimer plus ou moins correctement… La soif l’a réveillée. Elle a voulu boire un verre d’eau et s’est rendue dans la cuisine. Une envie pressante l’a conduite dans la salle de bains. Des doigts gantés se sont aussitôt plaqués sur sa bouche et la lame d’un cran d’arrêt sur sa gorge. Une voix d’homme lui a intimé de ne pas faire un geste, qu’il ne lui arriverait rien. Il l’a poussée hors de la pièce d’eau et l’a obligée à sortir par la baie vitrée qui était entrouverte. Il l’a entraînée sur la plage et, de là, sur l’esplanade Enric-Jollivar où était stationné son véhicule. Un 4x4 de couleur sombre. Il l’a faite monter et a démarré. Ils ont roulé dans les rues de Chaleyan jusqu’à ce qu’il stoppe devant cette cabine de la rue Taroski et qu’il m’appelle de son téléphone de voiture(…). Je me rends dans la salle de bains, allume la lumière et vois sur-le-champ ce qui cloche. La trappe d’accès à l’écoulement, pratiquée dans le carrelage de la paroi, est mal refermée. Je retire le bloc. Le Beretta 951 n’est plus là… ».